Origine et histoire du Château de Lasserre
Le château de Lasserre, situé dans le département de Lot-et-Garonne, trouve ses origines au XIIIe siècle avec la mention d’un castrum en 1259, propriété d’Armand-Loup et Géraud de Lasserre, vassaux d’Alphonse de Poitiers. Ce site médiéval, appelé La Salle, dominait la vallée de la Baïse. Au fil des siècles, le fief change de mains : en 1487, il appartient à Louis de Montagut, puis passe en 1570 à Jean-Paul d’Esparbès de Lussan par son mariage avec Catherine-Bernarde de Montagut, dame de La Serre. La famille d’Esparbès conserve Lasserre jusqu’au XVIIIe siècle, marquant profondément son histoire.
La construction du château actuel débute entre 1595 et 1602, initiée par Jean-Paul d’Esparbès de Lussan, sénéchal d’Agenais et gouverneur de Blaye. Ce dernier fait appel à l’architecte parisien Marin de la Vallée, jeune maître maçon, pour ériger un édifice résidentiel, loin des canons défensifs de l’époque. Les travaux, documentés par des contrats conservés, impliquent aussi des entrepreneurs locaux comme Laurent Bouchet ou Jean Rocques. En 1596, l’aile sud-ouest est achevée, mais le chantier se poursuit jusqu’en 1598, date à laquelle Paul Vaudoyer, autre architecte parisien, prend la relève pour finaliser les aménagements intérieurs, dont trois cheminées monumentales.
Le château reste dans la famille d’Esparbès jusqu’au XVIIIe siècle, avant de passer aux Narbonne-Pelet, puis aux Digeon de Monteton par mariage en 1754. Ces derniers le transforment en ferme modèle au tournant du XIXe siècle. En 1835, à l’extinction de la lignée, le domaine échoit à Léopold de Gervain, qui entreprend d’importantes restaurations entre 1851 et 1860, modernisant les façades et démolissant la tour médiévale. Classé monument historique en 1926, le château incarne aujourd’hui un témoignage architectural de la Renaissance en Nouvelle-Aquitaine, mêlant héritage seigneurial et adaptations ultérieures.
L’architecture du château s’organise autour d’une cour centrale, flanquée de quatre tours et entourée de fossés. Le logis principal, prolongé par un chai, reflète une distribution typique des demeures nobles de l’époque. La chapelle, ajoutée en 1625, et les décors intérieurs (comme les cheminées de Vaudoyer) soulignent le faste recherché par ses commanditaires. Les sources historiques, notamment les travaux de Georges Tholin, révèlent une construction méticuleusement planifiée, alliant savoir-faire parisien et main-d’œuvre locale.
Le château de Lasserre illustre aussi les mutations sociales de l’Agenais : d’abord forteresse médiévale, il devient une résidence aristocratique à la Renaissance, puis une exploitation agricole aux XVIIIe–XIXe siècles. Son inscription au titre des monuments historiques en 1926 consacre sa valeur patrimoniale, tandis que les archives (contrats, inscriptions lapidaires) offrent un éclairage précieux sur les techniques de construction et les réseaux d’artisans de l’époque.