Origine et histoire du Château de Lavardin
Le château de Lavardin, édifié à partir du XIe siècle sur un éperon rocheux surplombant le Loir, fut d’abord une tour en bois sur motte castrale construite par les premiers seigneurs de Lavardin, dont Salomon (début XIe). Vers 1030, ce dernier fonde le prieuré Saint-Gildéric dans la basse-cour. La forteresse, vendue aux comtes de Vendôme vers 1130, devient leur principale place forte au XIIe siècle, avec un donjon en pierre quadrangulaire (vers 1070–1080) attribué à Hervé de Beaugency. Le site, stratégiquement situé entre Vendôme et Montoire, est remanié après le siège infructueux de 1188 par Richard Cœur de Lion, repoussé grâce à l’alliance des milices locales et du roi Philippe Auguste.
Entre la fin du XIVe et le XVe siècle, les comtes de Vendôme, notamment Louis Ier de Bourbon-Vendôme (1393–1446), transforment le donjon en une tour-palais inspirée des résidences royales comme Vincennes ou le Louvre. Les travaux, interrompus par la bataille d’Azincourt (1415) et la captivité de Louis Ier, reprennent vers 1425–1431 avec l’ajout de cheminées imitées de celles du château de Chinon. En 1448, Jean VIII de Bourbon-Vendôme y accueille Charles VII et Agnès Sorel lors de la reconquête du Mans, signant la trêve de Lavardin avec les Anglais. Une légende locale attribue à tort à ce séjour l’offrande des premiers diamants de France à Agnès Sorel.
Le château joue un rôle clé pendant les guerres de Religion. En 1589, Henri IV (alors duc de Vendôme) reprend brièvement la forteresse aux Ligueurs, mais ceux-ci, menés par le capitaine Du Vigneau, la reprennent en 1590. Assiégé par le prince de Conti (François de Bourbon) avec l’artillerie de Gilles de Souvré, le château capitule après trois semaines de résistance. Henri IV ordonne son démantèlement en 1591, et ses pierres servent aux constructions locales. Classé monument historique en 1945, ses vestiges (donjon de 26 m, logis, galeries souterraines) témoignent de son évolution architecturale, des donjons romans aux aménagements gothiques.
Au XIXe siècle, Napoléon III envisage sa restauration par Viollet-le-Duc, mais un tirage au sort (selon la légende) favorise Pierrefonds. Les fouilles archéologiques (XXe–XXIe siècles) révèlent des occupations protohistoriques, un cimetière mérovingien, et un réseau troglodytique (cuisines, cachots, escaliers). Le site, propriété communale, attire aujourd’hui pour ses ruines spectaculaires et son histoire liée aux Bourbon-Vendôme, entre pouvoir féodal et conflits religieux.
L’architecture du château, échelonnée sur trois paliers rocheux, combine des éléments défensifs (fossés, mâchicoulis, embrasure à canon) et résidentiels (logis d’apparat, chapelle castrale, escalier aux armes des Bourbon). Le donjon, remanié aux XIVe–XVe siècles, intègre des voûtes ornées, une cheminée aux anges porteurs (vers 1420), et un cachot accessible par un puits. Les vestiges, incluant une porte d’entrée du XIVe siècle et des galeries souterraines, illustrent l’adaptation des forteresses médiévales aux évolutions militaires et au confort princier.