Origine et histoire du Château de Lillebonne
Le château de Lillebonne, aujourd’hui en ruines, occupe le site de la cité gallo-romaine de Juliobona, à environ 350 mètres à l’est de l’église Notre‑Dame, sur la commune de Lillebonne (Seine‑Maritime). Favori des ducs de Normandie, le site accueille au XIe siècle des conciles présidés par Guillaume le Conquérant, qui fit édifier le premier château. Un logis et une grande salle de plan roman, attribuée probablement à Henri Ier Beauclerc et comparable à la salle de l’Échiquier de Caen, furent ajoutés au XIIe siècle. Après un passage entre les mains du comte de Boulogne Renaud de Dammartin, le château revint à Philippe Auguste, qui fit construire un puissant donjon cylindrique, son fossé et la chemise. Après l’annexion de la Normandie au domaine royal, Philippe Auguste éleva ce second donjon de forme cylindrique, à trois niveaux voûtés d’ogives ; cette tour maîtresse subsiste aujourd’hui, ses parties hautes ayant été modifiées au XVe siècle. Aux XIIIe et XIVe siècles datent également la tour octogonale, attribuée possiblemement à Jean II d’Harcourt, et la tour dite du Chartrier, transformée ensuite au XIXe siècle. Après la guerre de Cent Ans, la famille d’Harcourt adapta le dernier niveau du donjon pour y installer une plate‑forme destinée à l’artillerie. À partir du XVIIIe siècle les bâtiments furent délaissés : en 1760 la vente du plomb de la terrasse du donjon provoqua l’effondrement de la voûte terminale par infiltration d’eau, les courtines servirent de carrières et plusieurs tours furent abattues, tandis que le logis roman fut définitivement détruit en 1832. Le donjon fit l’objet d’une restauration en 1869 et, vers 1870, Théodore Huchon fit édifier dans l’enceinte nord une maison de maître pour le propriétaire Pierre Gustave Langer, sur le modèle du « château des Aygues » d’Étretat. Implanté à l’angle de l’ancienne cité, l’ensemble primitif comprenait une vaste enceinte linéaire de fossés, palissades et bastions, et un donjon élevé sur une motte isolée servant d’ultime réduit. Le donjon principal, séparé du reste du château par un fossé, était accessible par deux portes piétonnes équipées de ponts‑levis diamétralement opposés. Les vestiges du donjon, de la tour octogonale, de la tour du Chartrier et de l’enceinte témoignent des différentes phases constructives et des remaniements. Le donjon est classé au titre des monuments historiques depuis la liste de 1862 ; le sol des parcelles comportant des vestiges archéologiques, ainsi que la totalité de la tour dite du Chartrier, de la tour octogonale et de l’enceinte, sont classés par arrêté du 7 mai 1990.