Origine et histoire
Le château de Linchamps, situé sur un éperon rocheux surplombant la Semoy près du hameau de Nohan (commune de Thilay, Ardennes), est une forteresse médiévale dont les origines remontent entre le XIIe et le XVIe siècle. Ses ruines témoignent d’un passé tourmenté, marqué par des reconstructions successives et des destructions violentes, reflétant les tensions géopolitiques de la région, à la frontière entre le royaume de France et le Saint-Empire romain germanique.
La première mention fiable du château date du début du XVIe siècle, lorsque Jean de Louvain, seigneur de Rognac, y érige une forteresse entre 1530 et 1535. Ce personnage controversé, ancien page du roi François Ier, utilise le château comme base pour rançonner les voyageurs et piller les villages voisins, dont Braux, Levrezy, et Nouzonville. Le site, initialement propriété de la Collégiale de Braux, aurait été acquis par la famille de Louvain sous des circonstances troubles, mêlant ruse et force.
En 1550, le château est assiégé et détruit par les troupes d’Henri II après une série d’exactions commises par Rognac et ses hommes, décrits comme des « bannis et meschante canaille ». Malgré sa solidité et ses défenses impressionnantes, la forteresse est rasée sur ordre royal pour apaiser les tensions avec l’Empereur Charles Quint. Elle est cependant reconstruite dès 1554 par François de Clèves, puis renforcée par Henri de Lorraine, duc de Guise, entre 1585 et 1589.
Le château change plusieurs fois de mains au XVIIe siècle, passant entre les royautés française et espagnole lors des conflits frontaliers. En 1629, Louis XIII en devient propriétaire, mais Linchamps reste un enjeu stratégique. En 1650, il est pris par le frondeur M. de Ligniville, allié à l’Espagne, avant d’être repris par Condé en 1653. Le traité de Paris (1659) le restitue définitivement à la France, mais Vauban, dans sa politique de « pré carré », ordonne sa destruction par mine en 1673 pour rationaliser le système défensif du royaume.
Aujourd’hui, le site se présente comme un éperon rocheux envahi par la végétation, parsemé de vestiges à peine discernables : murs effondrés, escaliers taillés dans la roche, et une cavité appelée « banc de la fileuse », liée à une légende locale. Cette dernière évoque le fantôme d’une châtelaine filant la nuit, symbole mélancolique de la disparition du château. Les ruines, bien que défigurées, rappellent l’importance stratégique de Linchamps, verrou de la vallée de la Semoy.
Les fouilles archéologiques et les études historiques manquent cruellement, laissant de nombreuses zones d’ombre sur l’évolution du site avant le XVIe siècle. Les sources écrites, comme les lettres d’Henri II ou de Vauban, ainsi que les chroniques locales, restent les principaux témoignages de son histoire mouvementée, entre banditisme noble, conflits dynastiques et enjeux militaires.