Origine et histoire du Château de Lormont
Le château de Lormont, aussi appelé château des Archevêques ou château du Prince Noir, trouve ses origines au XIe siècle avec Guillaume VIII, duc d’Aquitaine, qui y édifia une première forteresse vers 1060. Ce site stratégique, situé sur les hauteurs dominant la Garonne, devint un enjeu pendant la Guerre de Cent Ans. Aliénor d’Aquitaine y aurait séjourné en 1137, puis le château passa sous domination anglaise après son mariage avec Henri Plantagenêt. Le Prince Noir, Édouard de Woodstock, y résida vers 1360, avant que les archevêques de Bordeaux n’en deviennent propriétaires au XIVe siècle. En 1453, il abritera même les négociations de fin de la Guerre de Cent Ans.
Au XVIIe siècle, le château fut reconstruit par l’architecte Henri Roche pour le cardinal François d'Escoubleau de Sourdis, puis pour son frère Henri. Après des destructions partielles pendant les guerres de Religion et la Fronde, il fut restauré entre 1654 et 1662, intégrant des éléments médiévaux et classiques. En 1789, il devint propriété nationale, puis fut partiellement démoli en 1781 sur ordre du cardinal de Rohan. Au XIXe siècle, un propriétaire allemand, M. Sacher, lui donna son apparence actuelle en ajoutant une façade néogothique à tourelles crénelées, tout en conservant un pavillon classique.
Au XXe siècle, le château, classé Monument Historique en 1991, tomba en ruine avant d’être racheté en 2005 par le promoteur Norbert Fradin. Après d’importants travaux, il abritera des bureaux, un restaurant gastronomique dirigé successivement par Jean-Marie Amat et Vivien Durand, puis une antenne des Cours Florent à partir de 2017. Le parc, partiellement détruit par la construction du pont d’Aquitaine en 1960, conserve encore des vestiges archéologiques, comme des graffiti du XVe siècle et des éléments des jardins du XVIIe siècle.
Le château se compose aujourd’hui de deux corps de bâtiments : un logis à tourelles et un pavillon classique, entourés d’une enceinte et d’un fossé. Son architecture éclectique, mêlant styles médiéval, Renaissance et néogothique, reflète ses multiples reconstructions. Les armoiries du cardinal de Sourdis, visibles sur la façade, rappellent son passé épiscopal. Malgré les dégradations subies, il reste un témoignage majeur de l’histoire aquitaine, des ducs d’Aquitaine aux archevêques de Bordeaux.
Les fouilles et restaurations récentes ont mis au jour des éléments anciens, comme une chapelle médiévale dans l’aile sud ou un puits du XVIIe siècle, aujourd’hui conservé au Musée des Amis du Vieux Lormont. Le site, inclus dans une ZPPAUP depuis 2004, continue de faire l’objet de projets de valorisation, entre mémoire historique et réutilisation contemporaine.