Origine et histoire du Château de Lourmarin
Le château de Lourmarin, situé dans le village éponyme en Provence, est un édifice emblématique mêlant architecture médiévale et Renaissance. Construit à partir de 1480 par Foulques d'Agoult, grand seigneur de Provence et proche du roi René d'Anjou, il remplace une ancienne forteresse du XIIe siècle. Ce premier château, de style médiéval, est agrandi à partir de 1526 par Louis d'Agoult-Montauban et son épouse Blanche de Lévis-Ventadour, qui y ajoutent une aile Renaissance conçue par l'architecte italien Sebastiano Serlio, célèbre pour ses façades et ses innovations stylistiques.
À la fin du XVIe siècle, le château passe aux mains de la famille Créqui-Lesdiguières, qui le conserve jusqu'à la Révolution française. Durant cette période, il est principalement occupé par des intendants gérant les terres environnantes. Après la Révolution, le château change plusieurs fois de propriétaires et tombe progressivement en ruines. En 1920, il est sauvé in extremis de la démolition par Robert Laurent-Vibert, un industriel lyonnais et mécène, qui le rachète pour en faire une résidence d'artistes. Entre 1921 et 1923, il le restaure avec l'aide de l'architecte Henri Pacon et du peintre Charles Martel, avant de le léguer à l'Académie des sciences, agriculture, arts et belles-lettres d'Aix, qui y fonde une fondation culturelle toujours active.
Le château se compose de deux parties distinctes : le château vieux, vestige médiéval du XIIe siècle organisé autour d'une cour avec des pièces de service au rez-de-chaussée et des salles d'apparat à l'étage, et le château neuf, aile Renaissance à trois niveaux ornée de cheminées sculptées, dont une avec des cariatides à visages d'Amérindiens. Parmi les particularités architecturales figurent une loggia à l'italienne, un grand escalier à vis, et des fenêtres Renaissance séparées par des corniches. Le parc, autrefois entouré de murs et de fossés, abritait des terrasses, un jardin d'agrément, et des dépendances agricoles comme des écuries et un moulin à huile.
Une légende locale associe des graffiti découverts dans une tour du château neuf à une malédiction gitane des années 1920. Ces dessins, représentant un bateau avec huit personnages et une croix, ont cependant été réinterprétés comme un ex-voto marin datant de la fin du XVIe siècle, lié aux guerres de Religion. Les inscriptions et les costumes des figures évoquent en effet les règnes d'Henri III et Henri IV, et certains noms correspondent à des protestants établis à Lourmarin entre 1569 et 1640. Cette pièce, aujourd'hui fermée au public, témoigne des occupations variées du château, parfois utilisé comme refuge ou lieu d'enfermement durant les périodes de troubles.
Classé Monument historique en 1979 après des inscriptions partielles en 1946 et 1948, le château de Lourmarin abrite aujourd'hui une fondation culturelle organisant expositions et résidences d'artistes. Son histoire reflète les transformations sociales et architecturales de la Provence, depuis son rôle de forteresse seigneuriale jusqu'à sa renaissance comme lieu dédié à l'art et au patrimoine. Les restaurations du XXe siècle, bien que controversées pour certaines destructions (comme la salle basse comblée), ont permis de préserver ce joyau mêlant héritage médiéval et influence italienne, symbole du mécénat et de la passion pour l'histoire.