Origine et histoire du Château de Lunéville
Le château de Lunéville, situé dans la ville éponyme en Lorraine, trouve ses origines au Moyen Âge avec un premier castrum édifié vers l’an mil par le comte Folmar de Metz pour contrôler la route du sel. Ce site stratégique, transformé en château fort quadrangulaire au XIIe siècle par Hugues Ier de Lunéville, passe sous domination ducale en 1243 avec Mathieu II de Lorraine. Au fil des siècles, les ducs y séjournent régulièrement, comme Raoul qui y fonde une chapelle en 1343, ou René II qui tente de le sauver de la ruine à la fin du XVe siècle après les occupations bourguignonnes.
Au début du XVIIe siècle, le duc Henri II entreprend une reconstruction complète du château entre 1609 et 1620, donnant naissance à un édifice en forme de U, marqué par un corps central et des pavillons latéraux. Ce château, incendié en 1638 pendant la guerre de Trente Ans, est restauré sommairement avant d’être démoli pour laisser place au projet ambitieux du duc Léopold Ier. Ce dernier, de retour en Lorraine en 1697 après l’occupation française, choisit Lunéville pour en faire sa résidence officielle, inspirée par Versailles. Les travaux, menés de 1703 à 1723 par les architectes Pierre Bourdict, Nicolas Dorbay et surtout Germain Boffrand, transforment le site en un palais majestueux, bien que son aile nord reste inachevée pour des raisons financières.
Le château connaît son apogée sous le règne de Stanislas Leszczyński, roi déchu de Pologne et beau-père de Louis XV, qui en fait un lieu de rayonnement intellectuel et artistique entre 1737 et 1766. Stanislas, bien que souverain fantoche, y développe une cour fastueuse, embellit les jardins avec des fabriques exotiques (comme le Kiosque ou le Rocher aux automates) et attire des philosophes des Lumières comme Voltaire. Après sa mort en 1766, le duché est annexé par la France, et le château, vidé de son mobilier, est transformé en caserne militaire au XIXe siècle, subissant plusieurs incendies (notamment en 1814 et 1849).
Au XXe siècle, le château est partiellement classé Monument historique (chapelle en 1901, ensemble en 1998) et partagé entre usages militaires, administratifs et muséaux. Un incendie dévastateur en janvier 2003 détruit une grande partie des appartements princiers et de la chapelle, déclenchant une vaste campagne de restauration pilotée par le conseil départemental de Meurthe-et-Moselle et l’État. Les travaux, toujours en cours en 2021, visent à redonner au 'Versailles lorrain' son éclat d’antan, avec une réouverture progressive des espaces restaurés comme la salle des gardes, la chapelle ou les jardins à la française.
Les jardins, conçus initialement par Yves des Hours (élève de Le Nôtre) et agrandis par Stanislas, mêlent rigueur classique et fantaisies architecturales. Parmi les éléments remarquables figurent le Grand Canal, les Bosquets, et des fabriques disparues comme la Pêcherie ou le Trèfle, ce dernier ayant inspiré une réplique au palais de Sanssouci en Prusse. Aujourd’hui, le domaine de 21 hectares, incluant le château, les jardins et le théâtre municipal, est un lieu de visite majeur, symbole du patrimoine baroque lorrain et du siècle des Lumières.
L’architecture du château, marquée par l’influence de Germain Boffrand (disciple de Hardouin-Mansart), se distingue par son vestibule permettant le passage des carrosses, ses façades classiques à colonnes, et ses intérieurs richement décorés. La chapelle palatine, joyau du château avec ses angelots sculptés par Barthélemy Guibal, illustre l’apogée artistique du règne de Léopold. Malgré les vicissitudes de l’histoire, le château de Lunéville reste un témoignage exceptionnel de l’ambition des ducs de Lorraine et de l’héritage culturel européen du XVIIIe siècle.