Origine et histoire
Le château de Lustrac fut érigé à la fin du XIIIe siècle sur la commune de Trentels, en Lot-et-Garonne, sous l’impulsion d’Édouard Ier d’Angleterre. Ce dernier entreprit alors de rendre le Lot navigable en y construisant onze barrages, dont celui de Lustrac, confié à la famille éponyme. Le château, initialement une tour fortifiée, servait à surveiller le barrage, le moulin adjacent et à percevoir les droits de péage, assurant ainsi la prospérité économique des seigneurs de Lustrac.
En 1296, Foulques de Lustrac construisit le barrage et le moulin, tandis que le castrum de Monfavès, mentionné dès 1259, pourrait correspondre à ce site, bien que sans preuve formelle. Les travaux, interrompus en 1294 lors de la saisie de l’Agenais par Philippe le Bel, reprirent après 1303. Une enquête de 1311, menée par Guillaume Cazes, juge d’Agen, révéla que les seigneurs locaux, dont Foulques, avaient érigé des fortifications pour contrôler les droits de passage et de meunerie, sources de leur enrichissement.
Le château connut plusieurs phases de transformation et de conflits. En 1372, Bernard de Lustrac reçut 300 francs d’or du duc d’Anjou pour renforcer ses défenses. Au XVe siècle, Antoine Ier de Lustrac lui donna sa forme actuelle, mêlant éléments médiévaux et Renaissance. La seigneurie changea de mains au XVIIe siècle, passant aux familles de Masparrault, puis de Lespinette-Le-Mairat et de Garrisson. Jonathan de Garrisson, riche bourgeois protestant de Montauban, acquit le domaine en 1649 et y apposa une pierre datée de 1651.
À la Révolution, les tours du château furent découronnées, et le site tomba en ruine jusqu’à son rachat en 1891 par Joseph Meynot, ancien maire d’Agen. Une scierie fut même installée dans la cour. Restauré à partir de 1963, le château et son moulin, classés monuments historiques en 1988, furent entièrement réhabilités. Le site, incluant l’écluse et les rives du Lot, bénéficia d’une protection globale en 1982, préservant ainsi un témoignage majeur de l’histoire fluviale et seigneuriale de l’Agenais.
La famille de Lustrac, issue de la noblesse agenaise, joua un rôle central dans l’histoire du château. Ses membres, comme Arnaud Bernard (XIIIe siècle) ou Antoine II (XVIe siècle), accumulèrent titres et alliances prestigieuses, notamment avec les Pompadour ou les Caumont. Leur déclin s’amorça au XVIIe siècle avec la vente de la seigneurie, mais une branche subsista jusqu’à la Révolution. Le château, aujourd’hui privé, incarne près de huit siècles d’histoire liée à la maîtrise du Lot et aux rivalités franco-anglaises en Guyenne.
Architecturalement, le château de Lustrac allie une tour médiévale originelle, marquée par des baies trilobées, à des ajouts Renaissance. Son portail intérieur, daté de 1651, et ses tours surélevées lors des restaurations modernes, illustrent cette évolution. Le moulin, toujours présent, rappelle son rôle économique historique, tandis que l’écluse voisine témoigne des aménagements fluviaux médiévaux, classés parmi les plus anciens du sud-ouest de la France.