Origine et histoire du Château de Luzech
Le château de Luzech, situé dans le département du Lot en Occitanie, fut construit vers 1230 par l’évêque de Cahors Guillaume de Cardaillac après la croisade des Albigeois. Ce prélat, ayant confisqué les biens des seigneurs hérétiques alliés au comte de Toulouse, s’installa dans plusieurs places fortes de la vallée du Lot, dont Luzech. Le château devint alors un symbole de son pouvoir épiscopal, partagé avec les barons locaux comme Hugues-Arnaud de Crayssac et Guillaume-Amalvin, vassaux du comte de Toulouse convertis en co-seigneurs.
En 1212, la ville de Luzech fut incendiée par Simon IV de Montfort lors de la croisade. Cinq ans plus tard, en 1227, l’évêque de Cahors acquit les ruines du château et en fit reconstruire un nouveau, incluant un donjon imposant et un second château pour le baron local sur le rocher de la Trincade. En 1257, Alphonse de Poitiers céda ses droits sur Luzech à l’évêque, officialisant la suzeraineté ecclésiastique. Le château, bien que vétuste dès 1509, resta un enjeu seigneurial jusqu’à son acquisition par la commune en 1841, après des siècles de transmissions entre les familles de Luzech, Chapt de Rastignac et La Rochefoucauld-Liancourt.
Le donjon, classé Monument Historique en 1905, illustre l’architecture militaire du XIIIe siècle avec ses contreforts plats, ses archères et son escalier à vis. Accolé à un mur-bouclier aveugle, il surplombe un site stratégique : une presqu’île du Lot autrefois occupée par un oppidum. Les vestiges du château, incluant une enceinte et une barbacane, révèlent une organisation défensive complexe. Bien que l’évêque n’y ait jamais résidé, le site fut géré par des capitaines avant de tomber en désuétude, puis d’être partiellement préservé grâce à son classement et une inscription complémentaire en 2022.
La seigneurie de Luzech passa aux Chapt de Rastignac au XVIIe siècle, après l’extinction de la lignée éponyme. En 1817, Sabine Zénaïde Chapt de Rastignac, héritière du marquis Pierre-Jean-Julie Chapt (émigré sous la Révolution), épousa le duc de La Rochefoucauld-Liancourt. Ce dernier vendit le château à la commune en 1841, marquant la fin de son histoire seigneuriale. Aujourd’hui, le donjon et ses abords, propriétés communales et privées, témoignent des luttes de pouvoir médiévales entre Église, noblesse locale et couronne.