Origine et histoire
Le château de Luzech trouve ses origines dans les bouleversements politiques et religieux du XIIIe siècle. Après la croisade des Albigeois (1209-1229), l’évêque de Cahors, Guillaume de Cardaillac (1209-1234), consolide son pouvoir en confisquant les biens des seigneurs hérétiques alliés au comte de Toulouse. En 1212, Simon IV de Montfort incendie la ville de Luzech. Quinze ans plus tard, en 1227, l’évêque acquiert les ruines du château et en devient le seigneur éminent, avant d’y construire vers 1230 une forteresse en pierre, symbole de son autorité. Il autorise également le baron de Luzech à ériger un second château sur le rocher de la Trincade, dont il ne reste aujourd’hui que des vestiges.
En 1257, Alphonse de Poitiers cède à l’évêque de Cahors tous ses droits sur les terres locales, transférant ainsi la vassalité des barons de Luzech — autrefois liés au comte de Toulouse — vers l’Église. L’évêque Barthélémy de Roux (1250-1273) octroie en 1270 des coutumes aux habitants, marquant une période de stabilité relative. Les siècles suivants voient la seigneurie passer entre les mains de familles nobles, comme les Luzech, les Chapt de Rastignac, puis les La Rochefoucauld-Liancourt. En 1504, Bertrand de Luzech, baron du lieu, reçoit de son frère Antoine, évêque de Cahors, les droits seigneuriaux réservés à l’Église.
Le château reste un enjeu stratégique et familial jusqu’au XVIIe siècle. Jean II de Luzech, mort sans héritier en 1587 pendant les guerres de Religion, lègue ses biens à sa veuve, Jacquette de Ricard, qui se remarie avec Jean IV Chapt de Rastignac. Ce dernier meurt à Luzech en 1621. Au XIXe siècle, après des siècles de transmissions nobiliaires, le duc de La Rochefoucauld-Liancourt, héritier des Rastignac, vend le château à la commune en 1841. Classé monument historique en 1905, puis inscrit en 2022, il témoigne aujourd’hui de l’architecture militaire médiévale et des luttes de pouvoir entre Église et noblesse.
Le donjon, élément central du château, se distingue par sa structure quasi carrée (8,65 m x 8,20 m) et ses 24 mètres de hauteur. Construit en calcaire blond, il est percé d’archères et renforcé par des contreforts plats. À l’est, un mur d’enceinte, aussi haut que le donjon, comporte une porte et une archère, illustrant les techniques défensives de l’époque. L’intérieur, organisé sur quatre étages desservis par un escalier à vis, reflète une conception à la fois pratique et symbolique, propre aux châteaux épiscopaux du Moyen Âge central.