Origine et histoire du Château de Machuraz
Le château de Machuraz, localement appelé château d'Artemare, trouve ses origines au XIIe siècle sur un territoire alors couvert de broussailles. Entre 1160 et 1181, des seigneurs locaux (Gui de Graiseu, Aymon, Humbert de Luyrieux, Guillaume de Roieu) cèdent leurs terres aux moines cisterciens de Saint-Sulpice. Ces religieux y développent un vignoble prospère, édifiant une grange au XIIIe siècle, puis une tour au XIVe, remplacée par une maison forte au XVe siècle. Ce domaine viticole, mentionné dès 1183, s’étend grâce à des acquisitions successives (droits d’Hugues de Mornay en 1258, d’Emeline en 1263, etc.).
Au XVIe siècle, la maison forte laisse place au château actuel (alors nommé chasteau de Macheras), qui subit d’importants remaniements au XIXe siècle. En 1789, le domaine est incendié et ses tours rasées pendant la Révolution. Rachat en 1809 par des propriétaires civils, il est profondément transformé à partir de 1875 par Louis Marie Meaudre des Gouttes, magistrat lyonnais. L’architecte Paul Rostagnat (1882–1889) y ajoute des éléments néo-gothiques : tours reconstruites avec mâchicoulis, galerie à gargouilles, chapelle ornée de vitraux et sculptures. Les écuries, le portail monumental et la maison de gardien datent de cette époque.
Le château conserve des traces de son passé viticole : caves voûtées avec pressoir et tonneaux, potager en terrasses, et fabrique abritant une fontaine. Propriété de la famille Meaudre des Gouttes depuis 1875, il est classé Monument Historique en 2006 pour son ensemble (château, communs, parc, grilles, etc.). Son histoire reflète l’évolution d’un domaine agricole médiéval en résidence aristocratique, marquée par les styles architecturaux successifs et les bouleversements politiques.
Avant le XIXe siècle, le site appartenait au baron Léon d’Allemagne, petit-fils du général Claude d’Allemagne, héros des guerres de la République et du Premier Empire. Les moines de Saint-Sulpice, propriétaires pendant six siècles, y avaient établi un vignoble réputé, exploité jusqu’au XVIIIe siècle. La tour ronde intégrée à la façade nord et certains éléments antérieurs témoignent de ces strates historiques.
L’inscription aux Monuments Historiques en 2006 protège l’intégralité du domaine, incluant des éléments rares comme l’escalier nord avec sa fontaine ou les boiseries intérieures du XIXe siècle. Le château illustre ainsi la transition entre une exploitation monastique médiévale et une demeure bourgeoise du Second Empire, tout en préservant des vestiges de chaque époque.