Origine et histoire du Château de Madame du Barry
Le château de Madame du Barry, situé à Louveciennes (Yvelines), trouve ses origines en 1683 lorsque Louis XIV ordonne la construction d’un pavillon pour Arnold de Ville, ingénieur de la machine de Marly. Conçu par le jeune Robert de Cotte – futur architecte du roi –, ce bâtiment marque le début de sa carrière. Le pavillon, logis de fonction meublé avec élégance, abrite des œuvres de Raphaël, Holbein ou Van Dyck jusqu’à la mort de De Ville en 1722. Ce site industriel royal devient ainsi un lieu de prestige, lié à l’innovation hydraulique du règne de Louis XIV.
En 1769, Louis XV offre le domaine à sa favorite, Madame du Barry, qui y réside jusqu’en 1793. Elle fait agrandir le château par Ange-Jacques Gabriel, premier architecte du roi, ajoutant une aile orientale et des boiseries sculptées. Insatisfaite de l’absence de vue sur la Seine et du manque de salles de réception, elle commande à Claude-Nicolas Ledoux un pavillon de musique en aplomb de la vallée, ainsi que des temples dans le parc. La Vénus d’Allegrain, sculpture admirée par Diderot, orne alors les jardins, transformés à l’anglaise en 1781. Le domaine incarne ainsi le faste des dernières années de l’Ancien Régime.
Au XIXe siècle, le château connaît des modifications majeures : division du domaine en 1852, construction du temple dorique par Henri Goury, et réaménagements paysagers. Après des décennies de négligence (années 1980), où le mobilier est dispersé et le site squatté, une restauration est entreprise par la famille Goldschmidt après son rachat. Classé Monument Historique en 1994, l’ensemble – château, parc, fabriques et bergerie – témoigne aujourd’hui de son histoire mouvementée, entre innovation technique, vie mondaine et patrimonialisation.
Le château a aussi inspiré les arts : Alfred Sisley l’immortalise dans des toiles impressionnistes (Neige sur la route de Louveciennes, 1874), et le pavillon de musique de Ledoux, démonté après 1918, reste un symbole de l’architecture néoclassique. Des séquences de l’émission Secrets d’Histoire (2016) y ont été tournées, rappelant son lien avec Madame du Barry et la cour de Versailles.