Origine et histoire du Château de Malevirade
Le château de Malevirade, situé à Grézet-Cavagnan (Lot-et-Garonne), trouve ses origines dans une tour de surveillance construite sur ordre d’Aliénor d’Aquitaine au XIIe siècle pour protéger la frontière est du duché, face au comté de Toulouse. Ce système défensif, incluant des châteaux alignés comme Cavagnan ou Fontpeyre, fut renforcé sous la domination anglaise de la Guyenne, puis pendant la guerre de Cent Ans. Les matériaux, notamment des pierres bordelaises transportées par la Garonne, et le bois local, permirent des constructions solides malgré les conflits persistants.
Au XVe siècle, la famille Sacriste transforma le site en château, achevant les travaux au siècle suivant. Le bâtiment actuel, daté du XVIIe siècle, présente un corps de logis flanqué de pavillons et une aile en retour. Une salle sud conserve des poutres peintes représentant des scènes de chasse exotique et des trophées militaires. Le château fut partiellement inscrit aux monuments historiques en 1995 pour ces décors.
Le nom Malevirade (ou Malvirade) pourrait dériver de l’occitan mala virada (« mauvais virage »), évoquant un lieu difficile d’accès ou menaçant, bien que son origine exacte reste incertaine. Le site fut le théâtre d’affrontements pendant les guerres de Religion : en 1577, Bernard de Brocas, noble protestant, y fut tué lors d’un combat acharné contre les troupes catholiques de Casteljaloux.
La famille Sacriste, vassale des Albret, occupa le château dès 1453. Au XVIIe siècle, des alliances matrimoniales (comme le mariage de Jeanne Sacriste avec Nicolas de Brocas en 1644) consolidèrent son ancrage parmi l’aristocratie locale. Les Brocas, déjà liés à l’histoire du lieu par le décès de Bernard en 1577, devinrent propriétaires par héritage. Le château, modifié aux XIXe–XXe siècles, reste un témoignage des transitions entre Moyen Âge, Renaissance et époque moderne en Gascogne.
Les ressources locales (bois des collines du Mas, argiles, sables) facilitèrent les constructions, tandis que les pierres, trop friables sur place, furent importées de Bordeaux. Ce choix logistique illustre les défis techniques de l’époque. Aujourd’hui propriété privée, le château conserve des éléments protégés, comme les peintures murales du pavillon sud, reflets d’un passé à la fois militaire et seigneurial.