Origine et histoire du Château de Malleret
Le château de Malleret, situé à Cadaujac en Gironde, trouve ses origines au début du XVIIIe siècle lorsque Guillaume Malleret, avocat au Parlement de Bordeaux, acquiert le domaine en 1700. Le lieu, alors nommé Maleret, abritait déjà une demeure dont subsistent des vestiges de style Louis XV. Les vignobles du domaine produisaient 40 à 50 tonneaux de vin, typiques des palus bordelais. La carte de Cassini et les plans de l’État-major confirment son existence avant les transformations majeures du XIXe siècle.
En 1839, le domaine passe à Lucien Arman (dit Arman-Courau), armateur bordelais, par son mariage avec Laure Caillavet. En 1860, il entreprend d’agrandir le château originel et d’aménager un parc paysager, incluant un embarcadère privé sur la Garonne pour accueillir Napoléon III, ami de la famille. L’amitié entre Arman-Courau et l’empereur, bien que mal documentée, serait née lors de l’emprisonnement de Louis-Napoléon à Ham (1840–1846). La faillite des chantiers navals Arman en 1868 contraint la vente du domaine en 1869.
Le château, de style éclectique néoclassique, mêle un corps de logis central à toit mansardé, des pavillons latéraux en retour d’équerre, et des tours rondes. L’escalier d’honneur à doubles volées, probablement antérieur, mène au grand salon. Les jardins, structurés à la française, intègrent un bassin orné d’une vasque en marbre aux têtes de lions, deux lions en terre cuite (XVIIIe siècle) volés puis récupérés, et un potager-verger en carrés de buis. Un belvédère, ancien pavillon de l’Exposition maritime de Bordeaux (1895), et un pigeonnier hispano-mauresque complètent les dépendances.
Au XXe siècle, le domaine décline : M. Berthias, propriétaire en 1933, y installe une laiterie moderne (Le lait vivant) et récupère des grilles en fer forgé de la place Gambetta à Bordeaux. Les conflits familiaux des propriétaires suivants entraînent l’abandon du château, sauvé en 1986 par une restauration complète. La grande serre métallique (Exposition universelle de 1878), transférée à Gradignan dans les années 1980, en est un élément emblématique disparu. Depuis 1989, le château est inscrit aux Monuments Historiques et se visite lors des Journées du patrimoine.
L’intérieur abrite des cabinets de curiosités au premier étage, tandis que le parc, redessiné, conserve des fabriques comme le chai rond, la maison du gardien, et un château d’eau. Les deux lions, autrefois gardiens du portail, trônent désormais près de la Garonne après leur vol et leur récupération rocambolesque à Paris. Le domaine illustre ainsi l’évolution d’une propriété viticole en résidence aristocratique, marquée par les fastes du Second Empire et les aléas économiques des XIXe et XXe siècles.