Origine et histoire du Château de Massaguel
Le château de Massaguel trouve ses origines dans une exploitation rurale fortifiée du XIIe siècle, mentionnée pour la première fois en 1152 comme propriété des seigneurs de Dourgne. En 1212, lors de la croisade des Albigeois, Simon IV de Montfort ravage la région et spolie les seigneurs de Massaguel, adeptes du catharisme. Le site est reconstruit et évolue en château fort, avec deux enceintes dont subsiste une tour ronde du XIIIe siècle.
Au XVIe siècle, le château passe aux mains de la famille de Lautrec, puis des Nadal par mariage. En 1569, pendant les guerres de Religion, les protestants attaquent le château, massacrent la garnison catholique et incendient une partie des bâtiments. Jacques de Nadal, converti au calvinisme en 1563, en fait une place forte protestante, objet de conflits répétés. Son fils, Jean II de Nadal, proche d’Henri de Rohan, entreprend au début du XVIIe siècle des travaux pour moderniser le logis, ajoutant une galerie voûtée et un escalier monumental de style Renaissance.
En 1768, le château est vendu aux négociants Jean-Jacques et Jean Fabre, qui le transforment en demeure de plaisance entre 1768 et 1774. Les intérieurs sont alors redessinés dans le style Louis XV et Louis XVI, avec stucs, boiseries et cheminées ornées. Pendant la Révolution, les Fabre sont emprisonnés un an et le domaine confisqué, avant d’être restitué. Les aménagements du XVIIIe siècle, comme les salons en enfilade ou les gypseries représentant les Quatre Saisons, illustrent cette période faste.
Le château, de plan carré flanqué de trois tours rondes et d’une tour carrée abritant l’escalier, conserve des éléments défensifs (meurtrières, canonnières) côtoyant des fenêtres à meneaux et des percements du XVIIIe siècle. La porte Renaissance, dont le blason fut martelé pendant la Révolution, ouvre sur des salles voûtées et un escalier à rampe sur rampe. Classé Monument Historique en 1972 pour ses façades, toitures, escalier et décors intérieurs, il ouvre exceptionnellement au public en 2009.
L’architecture reflète ainsi près de six siècles d’histoire, des conflits religieux médiévales aux fastes de l’Ancien Régime, en passant par les adaptations défensives et résidentielles. Les descendants des Fabre en sont toujours propriétaires aujourd’hui, perpétuant une lignée ininterrompue depuis le XVIIIe siècle.