Origine et histoire du Château de Mehun-sur-Yèvre
Le château de Mehun-sur-Yèvre, édifié dès le XIIe siècle sur une éminence rocheuse dominant la confluence de l’Yèvre et de l’Annain, fut initialement une forteresse défensive contrôlée par les familles de Mehun, de Vierzon, puis de Courtenay-Champignelles. Son rôle stratégique en fit un enjeu seigneurial, avant qu’il ne passe sous domination royale après la confiscation des biens de Robert III d’Artois en 1332. Le site, déjà occupé par un oppidum antique et un château de bois au IXe siècle, fut progressivement modernisé par des châtelaines comme Béatrix ou Mahaut de Mehun, qui en firent un lieu de culture et de pouvoir local.
Au XIVe siècle, le duc Jean de Berry (1340–1416), héritier du fief en 1360, entreprit une transformation radicale du château en un palais gothique somptueux, confié à l’architecte Guy de Dammartin et aux sculpteurs André Beauneveu et Jean de Cambrai. Les travaux, débutés en 1367 après sa captivité anglaise, durèrent cinquante ans, mêlant éléments défensifs (douves, tours crénelées) et décors luxueux inspirés du style rayonnant et flamboyant. Le château devint un haut lieu de la cour des Valois, accueillant des figures comme Jacques Cœur ou la reine Marie d’Anjou, et servant de résidence à Charles VII, qui y mourut en 1461 après y avoir dirigé des stratégies clés de la guerre de Cent Ans, aux côtés de Jeanne d’Arc entre 1429 et 1431.
Après son apogée au XVe siècle, le château fut délaissé au profit des châteaux de la Loire, puis ravagé par des incendies (XVIe siècle), les guerres de Religion, et la Révolution française, qui le réduisirent en carrière de pierres. Les ruines, classées monuments historiques dès 1840, révèlent encore aujourd’hui des vestiges des transformations de Jean de Berry : tours à double couronnement, chapelle détruite (dont subsistent des consoles), et sculptures fragmentaires. Propriété municipale depuis 1817, le site abrite un musée dédié à Charles VII et fait l’objet de fouilles archéologiques depuis vingt ans, mettant au jour des éléments enfouis de son passé médiéval.
Le château est également célèbre pour sa représentation dans Les Très Riches Heures du duc de Berry (miniature de la Tentation du Christ, 1411–1414), illustrant son architecture excentrique, entre forteresse et palais. Les jardins du duc, partiellement restaurés, et les collections archéologiques (carreaux, céramiques) témoignent de son importance historique. Une fête médiévale annuelle, en juillet, perpétue sa mémoire comme symbole de la transition entre Moyen Âge et Renaissance en Berry.
Avant les travaux de Jean de Berry, le site abritait une dizaine de châteaux défensifs successifs, dont les fondations en bois puis en pierre servirent de base à la reconstruction. Les douves profondes et les quatre tours (dont le donjon) furent conservées, tandis que les modifications des châtelaines, comme Mahaut de Mehun au XIIIe siècle, en firent un lieu de culture. La transmission pacifique du château par mariages successifs (des Courtenay aux Valois via Bonne de Luxembourg) permit son enrichissement architectural, avant son déclin post-Renaissance.
Aujourd’hui, les vestiges visibles datent principalement des remaniements de 1367–1390, avec des murs à double parement (pierre de taille et moellons) et des voûtes en berceau ou sur croisées d’ogives. La tour principale abrite le musée Charles VII, offrant une vue panoramique sur la région. Malgré les dégradations, les fouilles récentes ont sauvé des éléments clés, tandis que la municipalité œuvre à sa préservation, entre patrimoine historique et attractivité touristique.