Origine et histoire
Le château de Mercuès, implanté sur la commune du même nom dans le Lot, est mentionné dès le VIIe siècle sous le nom de Camp de Mercure. Bien que les parties les plus anciennes datent du XIIIe siècle, sa construction est attribuée aux évêques de Cahors, qui en firent une forteresse stratégique pour protéger la cité des attaques anglaises et des bandes de routiers ravageant le Midi. Ce château, décrit comme une sentinelle avancée, joua un rôle clé durant les guerres médiévales, renforçant les défenses de la vallée du Lot.
Entre le VIIe et le XVIIIe siècle, le château servit de résidence estivale aux comtes-évêques de Cahors, qui y expédièrent des documents officiels, comme le mandement du Grand Pardon de Rocamadour en 1666. Après la Révolution, il changea plusieurs fois de mains : confisqué en 1793, il fut racheté par Mgr Bardou en 1861, qui le légua au petit séminaire de Montfaucon. Mgr Grimardias, ami des arts, tenta de lui rendre sa splendeur d’antan avant que la loi de 1905 ne le transforme en propriété étatique, puis en résidence privée.
Au XXe siècle, le château devint un lieu de résistance et de collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale. Acheté en 1913 par le médecin Jean-Louis Faure, il abritera en 1939 des enfants juifs fuyant la zone occupée, grâce à l’Œuvre israélite des séjours à la campagne (OSC). Paradoxalement, Faure, impliqué dans la collaboration, y organisa aussi un centre de civisme pour jeunes vichystes. Le 22 novembre 1942, une rencontre secrète y scella le ralliement des Compagnons de France à la Résistance (réseau Alliance).
Classé monument historique en 1947 pour ses façades et toitures, le château fut transformé en restaurant par les filles de Faure, puis en hôtel gastronomique sous Georges Héreil (1966). Ce dernier, président de Chrysler France, y développa un vignoble de 35 hectares et adhéra au réseau Relais & Châteaux. Aujourd’hui 4 étoiles, le domaine allie hébergement de luxe, cuisine étoilée (1 macaron Michelin) et production viticole, perpétuant son héritage médiéval et résistant.
Le vignoble, planté à haute densité (6 666 pieds/hectare), produit des vins rouges à base de Malbec, Merlot et Tannat, ainsi qu’un blanc moelleux de Chenin. Les chambres de l’hôtel, décorées selon des époques historiques (Louis XVI, Art déco...), incluent des détails uniques comme un cadran solaire incrusté dans le parquet de la chambre de l’Évêque. Le restaurant, installé dans l’ancienne salle à manger des comtes-évêques, met à l’honneur truffe, safran et Malbec, emblèmes de la gastronomie lotoise.