Origine et histoire du Château de Mesnières
Le château de Mesnières, édifié au début du XVIe siècle sur les vestiges d’une forteresse médiévale du XIe siècle, incarne la transition entre l’architecture défensive et l’esthétique Renaissance. La construction, initiée par Charles de Boissay vers 1500 et achevée en 1546 par sa sœur Suzanne de Gouvis, s’inspire des châteaux de la Loire, avec des tours cylindriques et un pavillon central orné de pilastres grecs. La chapelle seigneuriale, bénie en 1546, marque l’aboutissement de cette première phase.
Au XVIIe siècle, le marquisat de Mesnières, érigé en 1650 sous Louis de Fautereau, voit le château s’enrichir de la galerie des Cerfs, de la salle des Cartes et de la salle des Quatre-Tambours, reflétant le faste de l’aristocratie sous Louis XIV. Ravagé par les Ligueurs puis transformé en prison sous la Révolution, le domaine est sauvé de la démolition en 1834 par l’abbé Charles Eude, qui y fonde un orphelinat et un pensionnat, ajoutant une chapelle néogothique et des dépendances scolaires.
L’incendie de 2004, détruisant les toitures et les chapelles des XVIe et XIXe siècles, anéantit une partie du patrimoine artistique, dont des vitraux anciens et des œuvres attribuées à l’école de Guardi. La restauration, menée jusqu’en 2014, permet de redonner vie au château, aujourd’hui siège de l’institution Saint-Joseph, combinant enseignement technique (horticulture, santé-social) et préservation historique. Le parc, dessiné par Le Nôtre, et les éléments classés (colombiers, communs) témoignent de son prestige passé.
Le château illustre aussi les bouleversements politiques français : vendu en 1762 à Louis XV puis échangé contre des écuries des Tuileries, séquestré pendant la Terreur, il devient un symbole de résilience. Son architecture hybride — mâchicoulis médiévaux et salons classiques — en fait un joyau normand, souvent comparé aux châteaux de la Loire, tandis que son rôle social évolue, passant de forteresse seigneuriale à pôle éducatif et culturel.