Origine et histoire du Château de Montaigu
Le château de Montaigu, situé à Laneuveville‑devant‑Nancy dans le parc de Montaigu qui s'étend aussi sur Jarville‑la‑Malgrange, doit son nom à la chapelle dédiée à Notre‑Dame de Montaigu, bénite en 1625. Les premières traces du lieu remontent au XVIIe siècle lorsque Raphaël Hanzelin fonde un ermitage en 1608, dont l'oratoire deviendra la chapelle. Sous la Terreur, la statue et le chœur de la chapelle sont détruits et le bâtiment pillé ; au début du XIXe siècle Nicolas Poupillier fait relever la chapelle et s'y fait inhumer avec son épouse, dont les marbres funéraires subsistent. Pour protéger l'édifice des vibrations de la ligne Paris‑Strasbourg, la chapelle est déplacée pierre par pierre en 1931 sous la direction de Suzanne et Édouard Salin ; lors de l'opération on met au jour les fondations de l'ermitage mitoyen et des vestiges du chœur. La maison de plaisance qui devint le château est élevée en 1757–1758 par Bon Prévost, receveur général des fermes de Lorraine ; de cette construction du XVIIIe siècle subsistent sur la façade est l'élévation en sept travées, la terrasse, la double rampe d'escalier et des ferronneries d'art. À partir de 1765 sont ajoutées d'importantes dépendances, dont une orangerie, des écuries, un pigeonnier et une ferme. Le domaine, qui avait servi de pavillon de chasse à la famille Rennel et accueillait vignes et vergers, change plusieurs fois de mains avant d'être acquis par Joséphine Coralie Lebègue de Passoncourt, épouse du marquis Maxime de Vaugiraud, qui transforme la demeure en un véritable château au XIXe siècle. Sous la direction de l'architecte Albert Jasson sont ajoutés des ailes basses, des petits pavillons et un avant‑corps inspiré du château d'Asnières ; la toiture est alors remaniée dans un goût Napoléon III et le balcon de la façade ouest reçoit des ferronneries de l'atelier de Jean Lamour. Les Vaugiraud conservent la propriété jusqu'à l'après‑Première Guerre mondiale, puis la cèdent à Édouard et Suzanne Salin. Peu après leur acquisition, un violent incendie provoqué par une défaillance du chauffage central ravage le château le 9 novembre 1921 ; grâce à l'intervention d'Édouard Salin et du personnel, une partie du mobilier est sauvée et placée dans le parc. Édouard Salin confie la restauration à l'architecte Pierre Lebourgeois et adopte des techniques de construction modernes tout en respectant l'esprit historique : la toiture est reconstruite en ciment et béton armé, reposant sur une charpente métallique et couverte d'ardoise, la forme du toit étant ramenée vers un vocabulaire plus proche du XVIIIe siècle et agrémentée d'une terrasse inspirée des réalisations de la place Stanislas. Salin conçoit Montaigu comme un conservatoire artistique et archéologique où cohabitent des décors et des collections de plusieurs époques, définissant pour chaque pièce un programme d'ameublement, de décoration et parfois d'usage musical. Pendant la Seconde Guerre mondiale, une partie du château est occupée mais Édouard Salin reste présent et veille à la propriété. Les Salin, sans descendance, lèguent le château et la chapelle aux institutions locales dans les années 1970, à la condition que la demeure soit ouverte au public ; l'intérieur, avec son mobilier et ses collections, est remis à la Société d'histoire de la Lorraine et au Musée lorrain. Une partie du parc avait déjà été amputée lors de la création de la ligne de chemin de fer et une autre portion cédée en 1955 pour l'implantation du Musée de l'Histoire du fer. La chapelle de Montaigu a été inscrite au titre des Monuments historiques par l'arrêté du 22 janvier 1934, le château lui‑même a été inscrit le 6 décembre 1957, ses façades et toitures classées le 27 janvier 1958 et les dépendances inscrites le 7 avril 1998 ; le parc est un site classé d'environ quatorze hectares. Après une première ouverture au public entre les années 1980 et 2005, le château a rouvert au printemps 2017 et a obtenu le label Maisons des Illustres en 2020, en reconnaissance de la collection remarquable constituée par Suzanne et Édouard Salin. La collection Salin, reconstituée après l'incendie pour évoquer les différentes époques du lieu, réunit meubles, sculptures, peintures et objets d'art d'origines diverses, issus d'héritages, d'achats et de ventes aux enchères. Parmi les pièces remarquables figurent un clavecin de Philippe Denis daté de 1674, encore en état de jeu, et un bureau à pente attribué à Jacques Dubois, ébéniste de renom du règne de Louis XV. Les salles restaurées et décorées par Adrien Karbowsky exposent peintures murales, boiseries et mobiliers évoquant la musique, la vigne et la nature, tandis que la chambre d'Édouard Salin présente les collections archéologiques issues de ses fouilles, mises en scène dans des vitrines au goût muséographique de l'époque. Le parc, malgré les réductions successives liées aux aménagements ferroviaires, conserve des groupes sculptés, des vases et un parcours qui relie le château au Musée de l'Histoire du fer.