Origine et histoire du Château de Montal
Le château de Montal, situé dans la vallée de la Bave à Saint-Jean-Lespinasse (Lot, Occitanie), est un chef-d’œuvre de la première Renaissance française (1519–1534). Commandé par Jeanne de Balsac d’Entraygues, veuve d’Amaury II de Montal, il transforme une forteresse médiévale en résidence élégante, marquée par des façades intérieures sculptées et un escalier droit rampe sur rampe, innovation venue d’Italie. Les décors allégoriques et les bustes familiaux, dont ceux de Jeanne et ses fils Robert et Dordet, reflètent ses deuils successifs (mari et fils aîné mort en 1523), symbolisés par la devise « Plus d’espoir » gravée en fronton.
La structure se compose de deux ailes en équerre encadrant une cour d’honneur, flanquées de trois tours rondes à toits en poivrière et d’une tour carrée. Les façades extérieures, sobres et médiévales, contrastent avec la richesse des élévations intérieures, où figurent des scènes mythologiques (Hermès, Hercule) et des vertus cardinales. Le château, inachevé (deux ailes sur quatre prévues), tombe en ruine au XIXe siècle : en 1880, un marchand de biens, Macaire du Verdier, démonte et vend aux enchères 120 000 tonnes de pierres (lucarnes, cheminées, bustes), épargnant seulement l’escalier, sauvant ainsi l’édifice.
Au XXe siècle, l’industriel Maurice Fenaille rachète le château en 1908 et entreprend une restauration méticuleuse (1908–1913). Il récupère des éléments dispersés (musées du Louvre, Kensington, Lyon) ou en fait réaliser des copies, avant d’offrir le domaine à l’État en 1913, en présence du président Raymond Poincaré. Le site, classé Monument Historique en 1909, abrite durant la Seconde Guerre mondiale les enfants du roi Léopold III de Belgique (1940) et La Joconde (1943–1945), cachée pour la protéger. Depuis 2006, il est géré par le Centre des monuments nationaux.
Le château illustre aussi les vicissitudes de la noblesse locale : passé des Balsac d’Entragues (XVe–XVIe s.) aux Plas de Tanes (XVIIIe s.), ces derniers, mal aimés, le perdent à la Révolution. Devenu auberge en 1793, il est restauré par Fenaille qui reconstitue son mobilier Renaissance et son parc. Aujourd’hui, Montal figure parmi les châteaux majeurs du Quercy, aux côtés d’Assier ou Cénevières, témoignant du mélange entre tradition médiévale et audaces artistiques de la Renaissance.
Les décors sculptés, comme la frise du rez-de-chaussée mêlant mythologie (licorne, angelots) et emblèmes familiaux, ou les bustes du premier étage honorant morts et vivants, soulignent l’ambition mémorielle de Jeanne de Balsac. L’escalier, joyau de stéréotomie, incarne la transition vers l’architecture moderne, tandis que les faux mâchicoulis rappellent un passé défensif abandonné. Les restaurations du XXe siècle, bien que partielles, ont permis de préserver ce « joyau architectural », symbole de la Renaissance en Occitanie.