Origine et histoire
Le château de Montal, situé dans la vallée de la Bave à Saint-Jean-Lespinasse (Lot, Occitanie), est un chef-d’œuvre de la première Renaissance française. Construit entre 1519 et 1534 par Jeanne de Balsac d'Entraygues, il transforme une demeure médiévale en un édifice orné de façades décorées, d’un escalier droit révolutionnaire et de tours à faux mâchicoulis. Son programme sculptural, mêlant mythologie, allégories et portraits familiaux, reflète les deuils successifs de sa commanditaire, veuve puis mère endeuillée.
L’histoire du château est marquée par des périodes de déclin et de renaissance. Au XVIIIe siècle, il devient une auberge après la Révolution, puis est démantelé en 1880 : ses décors sculptés sont vendus aux enchères à Paris. Sauvé in extremis en 1908 par Maurice Fenaille, industriel et mécène, il est restauré entre 1908 et 1913 avec des éléments récupérés ou recréés. Fenaille en fait don à l’État en 1913, permettant son classement comme monument historique en 1909.
Le XXe siècle confère à Montal un rôle symbolique : il abrite les enfants du roi Léopold III de Belgique en exil en 1940, puis La Joconde cachée de 1943 à 1945. Aujourd’hui géré par le Centre des monuments nationaux, il incarne l’alliance entre patrimoine Renaissance et histoire mouvementée, avec ses bustes familiaux, sa cour intérieure et ses toits en ardoise caractéristiques du Quercy.
L’architecture du château rompt avec le médiéval par son escalier droit « rampe sur rampe », inspiré d’Italie, et ses larges fenêtres. La cour intérieure, cœur de l’édifice, contraste avec les façades extérieures sobres. Les trois tours rondes à toits en poivrière et la tour carrée encadrent un espace où se déploie un décor sculpté exceptionnel : frises mythologiques au rez-de-chaussée, bustes en haut-relief à l’étage, et vertus cardinales personnifiées. Ces éléments, partiellement dispersés puis reconstitués, témoignent du faste artistique de la Renaissance quercynoise.
La légende associe au château la devise « Plus d’espoir », gravée sur son fronton, évoquant les drames familiaux de Jeanne de Balsac : la mort de son époux Amaury II de Montal en 1510, puis de son fils aîné Robert en 1523 lors des guerres d’Italie. Les bustes sculptés, représentant vivants et défunts (Jeanne, Amaury, leurs enfants Dordet, Robert et Nine), illustrent cette mémoire douloureuse. Le château passe ensuite entre les mains de familles nobles comme les Plas de Tanes, avant sa dégradation au XIXe siècle.
La restauration par Maurice Fenaille (1908–1913) est un tournant : il rachète des éléments originaux (lucarnes, bustes) à des musées comme le Louvre ou Kensington, et comble les lacunes par des copies. L’escalier, menacé de démontage, est préservé, sauvant l’édifice. Depuis 2006, Montal est ouvert au public, classé parmi les plus remarquables châteaux Renaissance du Quercy avec Assier ou Cénevières, et célèbre pour son mélange d’histoire tragique et de renaissance patrimoniale.