Origine et histoire du Château de Montjeu
Le château de Montjeu, situé à Broye en Saône-et-Loire, fut construit au début du XVIIe siècle par Pierre Jeannin, président au Parlement de Dijon et conseiller d’Henri IV. Ce dernier, répondant aux critiques sur l’isolement du site, affirma : « Je serai toujours assez loin des méchants, et mes amis sauront bien me trouver ». Le domaine, ceint de murs et doté d’étangs alimentant Autun, mêle éléments défensifs (fossés, canonnières) et esthétiques, avec un corps de logis encadré de pavillons et une chapelle ornée de boiseries.
En 1623, Pierre de Castille, gendre de Jeannin, acheva les grands escaliers du parc et décora la chapelle. La baronnie, élevée en marquisat en 1665, vit Nicolas Jeannin de Castille construire les communs et aménager les jardins à la française. Le château fut un lieu de rencontre pour l’aristocratie, comme en témoigne la visite de Françoise de Rabutin-Chantal (tante de Madame de Sévigné) en 1656. Un incendie en 1735 endommagea le corps central, avant que la veuve du président d’Aligre ne modernise les accès en supprimant ponts-levis et mur d’enceinte.
Au XVIIIe siècle, le domaine passa à Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau, puis aux Talleyrand au XIXe siècle. En 1893, la princesse de Ligne en devint propriétaire. En 1939, Roger Louis Demon, industriel, acquit le château en ruine et entreprit une restauration massive : reconstruction des murs du parc (7 km), des jardins (plans de Le Nôtre), du potager, et modernisation des fermes. Durant la Seconde Guerre mondiale, il y cacha une famille juive, lui valant le titre de « Juste parmi les Nations ».
Un incendie en 1963 ravagea à nouveau le logis central, réparé par le docteur Willy Manchot. Dans les années 1980, Jimmy Goldsmith, milliardaire franco-britannique, racheta le domaine et mena une restauration spectaculaire des jardins et communs. Aujourd’hui, ce parc clos de 704 hectares – l’un des plus vastes d’Europe – reste une propriété privée, fermée au public.
Le château allie héritage architectural (classé en 1958) et historique, ayant accueilli des figures comme Voltaire (témoin d’un mariage en 1734) ou des membres de la noblesse européenne. Ses dépendances, dont un pigeonnier et des étangs alimentant Autun, reflètent son rôle économique et social depuis le XVIIe siècle.