Origine et histoire
Le château de Montmélian, édifié au XIe siècle sur une colline dominant la plaine de l'Isère à 360 mètres d'altitude, fut un enjeu stratégique entre Savoie et Dauphiné. Sa position contrôlait le passage entre le val du Bourget, les vallées de Maurienne/Tarentaise et l'Italie, ainsi qu'un pont et péage sur l'Isère. Bien que des traces d'occupation romaine et carolingienne existent aux alentours, la première mention écrite du castellanus de Montmélian date seulement de 1208 (Montis Meliani).
Au Moyen Âge, le château devint une résidence des comtes de Savoie, comme en témoigne la naissance d'Amédée IV en 1197. Il abritait aussi des maisons fortes de familles nobles (Boges, Mareschal, Portier) et fut le siège d'une châtellenie couvrant un vaste territoire, de Chambéry au lac du Bourget. Entre les XIIIe et XVe siècles, d'importants travaux de fortification y furent menés : construction de tours, fossés, bretèches, et adaptation aux armes à feu (bombardes dès 1385). La duchesse Yolande de France y fut même emprisonnée en 1469 lors de conflits dynastiques.
La citadelle connut plusieurs sièges marquants : pris par les Français en 1536 lors des guerres d'Italie, il résista héroïquement en 1630 à Louis XIII malgré 13 mois de siège. En 1691, après un nouveau siège victorieux de Catinat, les murailles et la ville furent rasées. Restauré par Victor-Amédée II, il fut définitivement démantelé en 1705 après sa reddition lors de la guerre de Succession d'Espagne. Les vestiges actuels — pans de murs, caves, fours à chaux — rappellent son rôle de verrou militaire entre Alpes et Dauphiné.
Architecturalement, le château médiéval (70×60 m) fut intégré au XVIe siècle dans un fort bastionné par Emmanuel-Philibert. Ses souterrains, partiellement obstrués, incluaient des accès vers la ville et des magasins. Parmi les éléments subsistants figurent la cave du grand secours, un puits, et un fragment du bastion de l'Annonciade. La châtellenie de Montmélian, réorganisée en 1313 en quatre mestralies, joua aussi un rôle administratif et fiscal pour les comtes de Savoie.
Les sources archéologiques manquent pour confirmer une origine celtique, bien que le toponyme Montmélian évoque un mont sacré (mel en gaulois). Les comptes de châtellenie (archivés depuis 1263) révèlent une gestion rigoureuse des ressources, avec des artisans locaux (maçons, charpentiers) et des fondeurs d'artillerie comme Jean Thyod. Le site, aujourd'hui en ruines, illustre l'évolution des techniques de siège, des palissades médiévales aux bastions Renaissance.