Origine et histoire du Château de Montmusard
Le château de Montmusard, situé à Dijon en Bourgogne-Franche-Comté, est une maison de plaisance emblématique du style néoclassique français. Construit à partir de 1765 selon les plans de Charles De Wailly pour Jean-Philippe Fyot de La Marche, premier président du Parlement de Bourgogne, il incarne l’ascension sociale de cette famille de magistrats. Le domaine, initialement modeste, fut agrandi sur quatre générations pour devenir un parc de 137 hectares, orné de jardins à la française, de fontaines et d’un kiosque spectaculaire doté d’une table volante, mécanisme ingénieux prisé de Louis XV.
Le projet architectural de De Wailly, inspiré des temples antiques, juxtaposait deux salons circulaires : un péristyle dorique ouvert (l’Odeum) et une rotonde couverte dédiée aux Muses. La construction, supervisée par l’abbé Fabarel, fut achevée vers 1769, mais le marquis de La Marche, ruiné par des dettes et la réforme Maupeou, mourut en 1772. Le château, vendu et partiellement démoli dès 1795 par Claude-Hubert Antony, perdit ses rotondes et son aile sud. Au XIXe siècle, le domaine fut morcelé par des lotissements et l’installation d’infrastructures ferroviaires.
Aujourd’hui, il ne subsiste qu’une aile rectangulaire du château, classée Monument Historique en 1929, entourée d’un terrain boisé de trois hectares. Les peintures de Jean-Baptiste Lallemand et les gravures du Voyage Pittoresque de la France (1786) témoignent de sa splendeur passée. Montmusard reste un exemple précoce et audacieux du néoclassicisme en France, marqué par l’influence des voyages en Italie et des cercles intellectuels dijonnais.
Le kiosque de Montmusard, édifié en 1748 par Claude-Philibert Fyot de La Marche, père du commanditaire, était un pavillon octogonal orné de rocailles et surmonté d’un lanternon. Doté d’un mécanisme de table volante pour des soupers intimistes, il fut décrit comme une « merveille » avant de tomber en ruine à la fin du XVIIIe siècle. Ce bâtiment, posé sur un podium semi-enterré, offrait une vue sur le canal et les jardins, aujourd’hui disparus.
Charles De Wailly, architecte parisien protégé par le marquis de Voyer, proposa initialement un projet à mansardes avant d’opter pour un temple dédié à Apollon et aux Muses. Ce parti-pris novateur, combinant colonnade ouverte et rotonde fermée, fut exposé au Salon de 1771. Le chantier, miné par des conflits financiers et la mainmise de l’abbé Fabarel, s’acheva dans l’urgence. Les statues des Saisons et des Muses, sculptées par François Attiret, ornèrent brièvement le péristyle avant la vente du domaine.
Les hypothèses sur l’inachèvement du château, défendues par Eugène Fyot et Allan Braham, soulignent l’absence de fondations sous le salon des Muses. Selon eux, les vues de Lallemand seraient idéalisées, et la petite aile en retour daterait de la construction initiale. Yves Beauvalot, en revanche, affirme que l’édifice fut bien terminé, mais démantelé pour échapper à l’impôt révolutionnaire. Les vestiges actuels, intégrés à l’école Saint-Dominique, rappellent ce patrimoine perdu.