Origine et histoire
Le château de Montpinier, édifié en 1830 sur les vestiges d’un ancien fort, se dresse sur la commune du même nom, dans le Tarn. Son histoire remonte au moins au XIIIe siècle, lorsqu’il relevait de la vicomté de Lautrec. En 1272, Raymonde de Lautrec, fille de Bertrand Ier, l’apporte en dot à Raymond de Brassac, marquant le début d’une longue possession familiale. Ce château, bastion protestant, devient un enjeu stratégique pendant les guerres de Religion, subissant attaques et changements de mains répétés entre catholiques et huguenots.
Entre 1569 et 1587, le château est tour à tour assiégé, démantelé partiellement, puis repris par les protestants sous Henri de La Tour d’Auvergne, avant d’être récupéré par les catholiques. Les frères Jean et François de Brassac y trouvent la mort lors de ces conflits. En 1609, la seigneurie passe aux Perrin par le mariage de Claudine de Brassac avec Alexis de Perrin, un protestant. Le château reste dans cette famille jusqu’en 1821, lorsque Victoire de Perrin Brassac l’apporte en dot à Benjamin baron de Lacger, dont le père, vétéran de la guerre d’Indépendance américaine, s’était fixé à Verdun.
Au XIXe siècle, le château change de mains : en 1838, après la mort de François vicomte de Perrin Brassac, son petit-fils Hippolyte baron de Lacger le vend à Ernest Schœlcher, neveu de Victor Schœlcher. Abandonné après 1891, il tombe en ruine. Aujourd’hui, ses vestiges mêlent éléments Renaissance (une cour centrale, une chapelle) et traces médiévales (tours carrées, échauguette), tandis que la végétation envahit les structures. L’accès en est interdit en raison de son état dangereux.
L’architecture du château révèle ses transformations successives : le « salon maure », ajouté par ses derniers occupants côté jardin, contraste avec les fortifications médiévales encore visibles depuis la route menant à Lautrec. Deux tours carrées et une longue échauguette rappellent son passé défensif. Malgré son abandon, le site conserve des traces de son histoire mouvementée, des dalles funéraires de la famille de Perrin Brassac dans l’église de Mazières aux cicatrices des guerres de Religion.
Le château illustre aussi les migrations aristocratiques : la famille de Perrin Brassac, originaire du Languedoc, s’installe en Lorraine après des campagnes militaires aux États-Unis, avant de revenir à Montpinier. Ce monument, témoin des luttes entre catholiques et protestants, incarne les bouleversements politiques et religieux qui ont marqué le sud-ouest de la France entre le Moyen Âge et le XIXe siècle.