Origine et histoire du Château de Montreuil-Bellay
Le château de Montreuil-Bellay trouve ses origines au XIe siècle, lorsque Foulque Nerra, comte d’Anjou, y établit un castrum sur un oppidum pour contrôler le Loudunois et surveiller les vicomtes de Thouars. Ce site stratégique, situé au croisement de routes majeures reliant Angers à Poitiers et Le Mans à Saumur, abritait déjà un moutier (monastère) près d’un pont sur le Thouet. Foulque Nerra, connu pour ses constructions défensives comme Langeais ou Montrichard, y érige une forteresse pour sécuriser ses conquêtes face aux ducs d’Aquitaine. Le fief est concédé en 1025 à Berlay (Berlai) Ier, dont la lignée donnera son nom à la cité : Montreuil-Bellay.
Au XIIe siècle, le château devient un enjeu des luttes entre les comtes d’Anjou et les barons locaux. Berlai II, petit-fils du premier seigneur, récupère la seigneurie en 1129 après un siège mené par Foulque V d’Anjou. Son fils, Giraud II Berlai, s’oppose à Geoffroy Plantagenêt dans les années 1130-1150, conduisant à un siège mémorable (1147-1151) où le comte utilise des techniques de guerre inspirées de Végèce, comme des tours roulantes et des bombes incendiaires. La forteresse, décrite comme une tour en pierre entourée de deux enceintes et de fossés, est finalement prise et partiellement détruite. Giraud II, libéré sous la pression du roi de France, doit promettre de ne pas la reconstruire.
Au XIIIe siècle, Philippe Auguste, après avoir rattaché l’Anjou à la Couronne en 1205, entreprend d’importants travaux de modernisation entre 1204 et 1212. Les devis royaux détaillent la construction de 11 tournelles, de fossés profonds, et d’un mur d’enceinte crénelé, pour un coût total de 2 500 livres tournois. Une tour maîtresse cylindrique est édifiée près de l’entrée, renforçant la défense. Le château, rendu à Giraud IV Berlay pour sa loyauté, devient un symbole de l’autorité capétienne en Anjou. Les conflits avec les barons poitevins, comme Aimery VII de Thouars, maintiennent son rôle stratégique jusqu’au début du XIVe siècle.
La guerre de Cent Ans (XIVe-XVe siècles) impose de nouvelles transformations. Guillaume IV de Melun, vicomte et sénéchal de Poitou, hérite du château par mariage en 1417 et entreprend des aménagements défensifs entre 1382 et 1415 : creusement de douves autour du Boille (basse-cour), construction de la tour neuve et de la porte du moulin, et lotissement de la basse-cour en 150 logements pour accueillir les habitants lors des chevauchées anglaises. La chapelle castrale, en ruine depuis 1382, est remplacée par une collégiale Notre-Dame financée par des indulgences papales à partir de 1472. Les seigneurs de Melun, puis les Harcourt-Montgommery, transforment également le château en résidence seigneuriale, ajoutant des logis (XVe siècle) et une galerie d’agrément.
Au XVe siècle, Guillaume IV d’Harcourt et son épouse Yolande de Laval modernisent radicalement l’ensemble. Entre 1445 et 1480, ils construisent le Logis vieux (ailes en équerre près de l’entrée), le Logis neuf (face au Thouet, avec trois tours et un escalier d’apparat), et une barbacane circulaire adaptée à l’artillerie. Les cuisines voûtées, l’étuve à hypocauste, et la collégiale Notre-Dame (achevée vers 1490) illustrent leur volonté de combiner confort et prestige. Le château accueille alors des rois comme Charles VII (1437) ou Louis XI, marquant son apogée comme palais fortifié.
Après la Révolution, le château, saisi en 1792 et transformé en prison pour femmes royalistes, est vendu comme bien national en 1796. Racheté par les La Trémoille en 1815, il est revendu en 1822 à la famille Niveleau, puis restauré en 1860 par l’architecte Charles Joly-Leterme. Classé Monument Historique en 1979, il appartient aujourd’hui à la famille de Thuy. Ses éléments médiévaux (enceintes, logis, collégiale) et ses aménagements Renaissance en font un témoin majeur de l’histoire militaire et aristocratique de l’Anjou.