Origine et histoire du Château de Montrottier
Le château de Montrottier, ancienne maison forte remaniée à plusieurs reprises et restaurée au XIXe siècle, se dresse sur la commune de Lovagny, en Haute‑Savoie, à une dizaine de kilomètres à l'ouest d'Annecy, près des gorges du Fier. Élevé sur une colline de 445 mètres dominant la région et bordée par l'ancien lit du Fier, l'enceinte pentagonale du XIIIe siècle contrôlait autrefois le passage de la rivière sur la route entre Chambéry et Genève. Le site aurait été occupé probablement dès l'époque romaine ou sarrasine, puis les constructions principales datent des XIIIe au XVe siècles, avec des aménagements aux XIXe et XXe siècles. La seigneurie apparaît dans les sources au XIIIe siècle ; le château passe ensuite aux familles de Grésy puis de Menthon, Pierre de Menthon l'acquiert en 1427 et fait entreprendre des travaux importants, donnant naissance à la branche des Menthon‑Montrottier. La famille Menthon‑Montrottier conserve la propriété jusqu'à la Révolution, ses terres sont érigées en baronnie en 1596 puis en comté en 1632, et le domaine est vendu comme bien national en 1796 avant de changer plusieurs fois de mains au XIXe siècle. Après des travaux significatifs sous les propriétaires du XIXe siècle, le château devient au début du XXe siècle la résidence et la collection de Léon Marès ; celles‑ci sont léguées à l'Académie florimontane, qui ouvre le château au public et organise les collections.
L'ensemble se compose d'un donjon cylindrique isolé dans la cour, d'une tour carrée dite « Tour des Religieuses », de grands logis et d'un bâtiment pour le corps de garde, formant un bel exemple d'architecture médiévale savoyarde. Le donjon, attribué à Pierre de Menthon, est élevé en moellons de tuf et en blocage de cailloux, briques et gravier ; il culmine à 35,6 mètres, possède des murs épais de plus de trois mètres à la base, cinq étages planchéiés, un accès par une passerelle de bois depuis le premier étage du Logis des Comtes situé à quatre mètres du sol, et un escalier de 87 marches menant au sommet. Son couronnement à mâchicoulis repose sur une rangée de corbeaux triples et présente des merlons percés de bouches à feu circulaires face à la route sud‑est. La Tour des Religieuses, plus ancienne, est un logis rectangulaire crénelé aux murs épais, muni d'une échauguette et d'une tourelle d'angle abritant un escalier à limon suspendu ; son accès s'effectue par une porte ogivale et les pièces comportent de larges ouvertures et archères laissant penser à un usage de corps de garde et d'appui à l'artillerie.
Le grand logis, bordant la cour au nord et à l'ouest, comprend la Salle des Chevaliers, ancienne salle de réception fin XIVe siècle, rectangulaire (8,50 × 17,50 m) avec murs de 1,70 mètre, fenêtres à croisillons de style Renaissance, un plafond en caissons et une cheminée ; les autres corps de bâtiments ont été largement restaurés au XIXe siècle. L'enceinte a été renforcée par des travaux de défense, notamment un mur‑bouclier formant un angle de 140°.
Les collections réunies par Léon Marès sont riches et diversifiées : armes et armures, faïences, porcelaines et verreries, tapisseries (dont des Flandres), meubles, dentelles et objets rares d'Extrême‑Orient et d'Afrique, auxquels s'ajoutent des bas‑reliefs en bronze de fondeurs allemands de la Renaissance, plusieurs tapisseries bruxelloises du XVIIIe siècle représentant des scènes de chasse, des sculptures religieuses et un ensemble de tableaux. Ces collections ont reçu l'appellation « musée de France » en 2003.
Au XIXe siècle, sous la famille de Rochette et avec l'architecte Francis Delimoges, les terrasses du parc ont été aménagées, des serres aujourd'hui disparues construites et trois jardins successifs disposés sur différents niveaux desservis par un escalier ; l'Académie florimontane collabore avec les architectes des Bâtiments de France pour l'entretien et l'aménagement du domaine. Le château et ses éléments principaux bénéficient d'une protection au titre des monuments historiques : le donjon, le corps de logis des Chevaliers et la tour de la Religieuse sont classés depuis 1919, les terrains entourant le château ont été classés en 1935 et la ferme ainsi que certains bâtiments ont fait l'objet d'une inscription partielle en 1987. Depuis 1949, l'Académie publie des travaux et recherches sur le château, ses collections et ses propriétaires dans la Revue Savoisienne.