Origine et histoire
Le château de Montvillers est un édifice néoclassique érigé en 1770 à Bazeilles, dans les Ardennes, pour Jean Abraham André Poupart de Neuflize, riche manufacturier de draps à Sedan. Ce dernier, anobli en 1769 par Louis XV, transforme une ancienne platinerie en foulerie avant de faire construire ce château comme résidence de campagne. L’architecte présumé, Claude Jean-Baptiste Jallier de Savault, élève de Soufflot, conçoit un bâtiment en pierre des Vosges, orné de symboles maçonniques, reflétant l’influence des cercles intellectuels de l’époque.
Le domaine passe en héritage à la famille Poupart, dont un membre devient baron d’Empire en 1810. En 1837, il entre dans la famille Schneider par le mariage d’Eugène Schneider avec une petite-fille de Poupart. Le château, témoin de la guerre de 1870, devient successivement école religieuse, orphelinat (1942-1973), puis lycée hôtelier après son rachat par le département des Ardennes en 1986. En 1999, le Club Sportif Sedan Ardennes l’acquiert pour en faire son siège, avant qu’un incendie ne le ravage en 2004.
L’architecture du château se distingue par sa rotonde centrale côté parc, ses colonnes ioniques et sa frise maçonnique. À proximité, la foulerie, rare exemple conservé, et l’orangerie en pierre complètent l’ensemble. Le site illustre l’alliance entre patrimoine industriel – avec ses machines actionnées par la Givonne – et résidence aristocratique, typique des Lumières. Michel Gallet le qualifie de « l'un des plus beaux châteaux de style Louis XVI », soulignant son inspiration des concours architecturaux du XVIIIe siècle.
La foulerie, construite en moellons et pierre de taille, présente des ouvertures adaptées à son usage industriel (portes en arc segmentaire, lucarnes à croupe). L’orangerie, en rez-de-chaussée, arbore des portes en plein cintre et une toiture d’ardoise. Ces bâtiments, bien que transformés au fil des siècles, témoignent de l’activité manufacturière qui fit la richesse de Sedan, capitale historique du drap en France.
Le château a accueilli des figures marquantes, comme le marquis de La Fayette vers 1777, alors jeune officier à Metz. Son histoire reflète les mutations sociales et économiques des Ardennes : de l’essor industriel du XVIIIe siècle à son déclin, en passant par les conflits du XIXe et les reconversions du XXe. Aujourd’hui, malgré l’incendie de 2004, il reste un symbole du patrimoine néoclassique et industriel français.