Origine et histoire du Château de Morimont
Le château du Morimont, aussi appelé Burg Mörsberg, est un ancien château fort édifié au XIIe siècle, puis profondément transformé aux XVe et XVIe siècles. Ses vestiges, classés monuments historiques dès 1841, se dressent sur une colline à 522 m d’altitude sur la commune d’Oberlarg (Haut-Rhin), à proximité immédiate de la frontière suisse. Le site, stratégique entre Bâle et Mulhouse, illustre l’architecture militaire alsacienne adaptée à l’artillerie, avec des éléments Renaissance précoces pour la région.
Mentionné pour la première fois en 1183, le château est attesté en 1271 lorsque le comte de Ferrette en fait don à l’évêque de Bâle. Il passe ensuite sous domination des Habsbourg, comme les châteaux voisins de Ferrette et du Landskron. Détruit par le tremblement de terre de Bâle en 1356, il est reconstruit par la famille Morimont, vassale des Ferrette, qui l’adapte aux armes à feu. Pierre de Morimont, seigneur emblématique, marque cette transformation. Après des difficultés financières, la famille vend le château en 1582 aux comtes d’Ortenbourg-Salamanca.
Pendant la guerre de Trente Ans (1618–1648), le château est occupé par les Suédois en 1632, puis détruit par les Français en 1635. Louis XIV en fait don en 1641 à la famille de Vignacourt, qui le conserve jusqu’à la Révolution. Confisqué comme bien national en 1792, il change plusieurs fois de mains avant d’être acquis en 1870 par la famille Viellard, toujours propriétaire aujourd’hui. Le site, utilisé comme carrière de pierre jusqu’en 1864, devient un symbole politique en 1826 lorsque des Jurassiens y prêterent serment contre l’oligarchie bernoise, acte fondateur de la future République du Jura (Suisse).
Architecturalement, le château combine des vestiges médiévaux (tour en U du XIIIe siècle) et des aménagements Renaissance, comme le grand logis nord de 1552, flanqué de tours d’artillerie. La courtine ouest, dotée d’une barbacane et d’une tour casematée, protège l’entrée. Malgré son adaptation à l’artillerie, sa position dominée sur trois côtés limite sa valeur militaire. Des campagnes de restauration, notamment au XIXe siècle par Auguste Quiquerez et au XXIe siècle par des bénévoles, préservent aujourd’hui ce patrimoine.
Le château du Morimont incarne les enjeux géopolitiques de l’Alsace, entre influences françaises, autrichiennes et suisses. Son histoire reflète les conflits religieux (guerre de Trente Ans), les mutations architecturales (passage du médiéval à la Renaissance) et les revendications territoriales, comme en témoigne son rôle dans la création du canton du Jura. Classé parmi les premiers monuments historiques français en 1841, il reste un lieu de mémoire pour le Sundgau et le Jura.