Patrimoine classé
Le château en totalité, les deux pavillons d'entrée (façades et toitures) et le parc, y compris la glacière, en totalité (cad. E 9, 139, 114 à 147, 149, 150, 160, 163 à 166, 172, 175, 176, 168, 169, 141, 151, 152, 178, 173, 174, 8) : inscription par arrêté du 2 août 2004
Personnages clés
| Philippe Hotman - Seigneur de Plailly-Montmélian |
Commanditaire du château (1600-1630). |
| Louis Le Peletier - Marquis et intendant |
Crée le parc anglo-chinois (1770). |
| Joseph Bonaparte - Frère de Napoléon Ier |
Propriétaire (1798-1814), hôte diplomatique. |
| Jacques Cellerier - Architecte |
Dirige les rénovations sous Joseph Bonaparte. |
| Gérard de Nerval - Écrivain romantique |
S'inspire du château pour *Sylvie*. |
| Joseph Duruey - Conseiller d'État |
Acheteur en 1790, guillotiné en 1794. |
Origine et histoire du Château de Mortefontaine
Le château de Mortefontaine est construit entre 1600 et 1630 pour Philippe Hotman, seigneur de Plailly-Montmélian, sur des terres réunies par sa famille depuis le XVIe siècle. Ce domaine, initialement morcelé entre plusieurs seigneurs (dont l'abbaye de Saint-Denis et les Bouteiller de Senlis), devient le centre d'un marquisat érigé en 1654, bien que son administration reste à Plailly. Le château, de style classique, est flanqué de deux pavillons et entouré d'un parc structuré, mais ne prend son essor qu'au XVIIIe siècle sous Louis Le Peletier, qui y aménage un jardin anglo-chinois inspiré d'Ermenonville, avec fabriques, statues et un réseau hydraulique artificiel.
À la Révolution, le domaine est confisqué et racheté en 1798 par Joseph Bonaparte, frère de Napoléon. Sous son impulsion, Mortefontaine devient un lieu diplomatique majeur : le traité de Mortefontaine (1800), mettant fin à la quasi-guerre avec les États-Unis, et les préliminaires de la paix d'Amiens (1802) y sont négociés. Joseph Bonaparte y organise des fêtes fastueuses, comme le mariage de Murat et Caroline Bonaparte (1800), et fait rénover le château par l'architecte Jacques Cellerier. Le parc est alors agrandi avec des fabriques pittoresques, mais le domaine décline après 1814, passé entre les mains de divers propriétaires dont le dernier prince de Condé.
Au XIXe siècle, le domaine est divisé : le « Grand parc » est vendu en 1894 aux duc et duchesse de Gramont, qui y bâtissent le château de Vallière. Le château original, après avoir servi d'école (1949-1958) puis d'hôtel de luxe (à partir de 1987), redevient une résidence privée. Son parc, inscrit aux monuments historiques en 2004 avec le château et ses pavillons, a perdu la plupart de ses fabriques, à l'exception d'une statue de gladiateur. Aujourd'hui, le site abrite aussi l'Institut Saint-Dominique, établissement scolaire catholique installé dans d'anciennes dépendances.
L'acte notarié de 1790 décrit un domaine composé d'un corps de logis central, de deux pavillons, d'une aile en retour, et de dépendances (écuries, orangerie, théâtre). Le parc, alors de 52 arpents, incluait bosquets, potagers, et un temple en ruine. Malgré des protections successives (site inscrit en 1947, MH en 2004), le parc n'a jamais été restauré dans son état d'origine. Le château a aussi servi de lieu de tournage pour l'émission Secrets d'Histoire (2015-2016), évoquant Désirée Clary et Caroline Bonaparte.
Les origines médiévales du site remontent à la châtellenie de Montmélian, dépendante de la couronne jusqu'à son échange avec Richard de Vernon (XIIIe siècle). Les terres, morcelées entre les Bouteiller de Senlis et l'abbaye de Saint-Denis, sont progressivement réunies par les familles Lallier et Hotman. François Hotman acquiert la seigneurie en 1570, et son fils Philippe y construit le château au début du XVIIe siècle. Le marquisat, créé en 1654 pour Jacques Le Coigneux, passe ensuite aux Le Peletier, dont Louis III (1730-1807) embellit le parc avant son exil en 1790.
Le château est également associé à des figures culturelles : Gérard de Nerval s'en inspire pour son roman Sylvie, et des artistes comme Watteau, Corot, ou Chopin y séjournent. Malgré son prestige passé, le domaine a subi des divisions (1894, 1928) et des transformations radicales, perdant une grande partie de son patrimoine paysager. Les seuls vestiges notables du parc du XVIIIe siècle sont la glacière et le « gladiateur », statue isolée sur la pelouse.