Origine et histoire du Château de Noirieux
Le château de Noirieux se situe à Bierné-les-Villages, commune déléguée de Saint-Laurent‑des‑Mortiers, dans le département de la Mayenne. Le monument est inscrit au titre des monuments historiques depuis le 11 avril 1990. Le domaine couvre au total 26 hectares et se compose d’une première partie de 10 hectares, 37 ares et 31 centiares entourant le château — comprenant la demeure, ses dépendances, une boulangerie, le parc, des chemins, un verger et des prés — et de 16 hectares supplémentaires, rachetés par les propriétaires actuels, qui faisaient autrefois partie de la tenure de Noirieux et ont été principalement boisés de chênes. La propriété, de forme sensiblement carrée, est bordée au sud et à l’ouest par un important rideau d’arbres, limitée au nord par un chemin communal et bordée à l’est et à l’ouest par un fossé, vestige d’une ancienne douve ; le château était autrefois entouré d’une double enceinte de douves. Le toponyme a connu les formes Noyrieux et Noerieux et pourrait évoquer, sans certitude, la racine latine liée au noyer ; il n’est toutefois pas possible de remonter avec sûreté avant le XIe siècle. À proximité de l’emplacement du château et de l’ancien chemin reliant Saint‑Laurent‑des‑Mortiers à Bierné a été retrouvée une voie romaine qui, selon Géraud, conduisait vers Angers. Différents auteurs décrivent Noirieux comme un fief médiéval relevant successivement d’Azé ou du marquisat de Château‑Gontier, et des documents mentionnent un « Radulphus monachus » originaire de Nuchariis parmi les moines du prieuré dépendant de Saint‑Nicolas d’Angers. L’existence d’un vieux manoir féodal est attestée par la succession de propriétaires connus aux XVe et XVIe siècles, parmi lesquels Guillaume de Marigné (1494) et Huet de Baïf (1441–1444), dont la seigneurie passa ensuite, via divers acquéreurs, à la famille Briand. La famille Briand, de chevalerie ancienne, est représentée dès le XIIIe siècle et compte notamment Jacques Briand, sénéchal de Château‑Gontier en 1390 ; Jean Briand acheta Nouereux en 1446 et habitait principalement la Grenonnière voisine. Les biens restèrent dans la famille jusqu’à ce que René Briand vende Noirieux et la Grenonnière à Pierre Le Maistre ; René mourut le 22 février 1639. La famille Le Maistre, dont Pierre Le Maistre semble avoir acquis les fiefs vers 1630, donna ensuite la seigneurie à Claude Le Maistre (1639–1685), conseiller de la Grande chambre, et la veuve de ce dernier, Anne Serezin, rendit aveu en 1687. Anne Le Maistre, par son mariage en 1676 avec Marc‑Anne Goislard, transmit la seigneurie à la famille Goislard ; leurs descendants, Anne‑Louis de Goislard de Montsabert et ses héritiers, vendirent Noirieux en 1742 à Louis‑Pierre Ernault de Montiron. Les Ernault, famille angevine, achetèrent la seigneurie le 31 décembre 1742, firent démolir le manoir de la Grenonnière et utilisèrent ses matériaux pour édifier le château actuel de Noirieux, achevé le 16 janvier 1747, comme l’indique une ardoise découverte vers 1880. La chapelle du château, dédiée à Notre‑Dame Refuge des Pêcheurs, fut bénie le 27 septembre 1747 ; avant la Révolution la procession des Rogations s’y arrêtait et, pendant une partie de la Terreur, elle servit encore à la célébration de la messe. Durant la Révolution et les combats de la Chouannerie, Noirieux fut le théâtre d’affrontements ; Victor Hugo mentionne Noirieux et l’abbé Baudoin dans Quatrevingt‑treize. Joseph Coquereau, né à Daon et baptisé le 15 mai 1768, mena des actions royalistes dans la région ; dans la nuit du 11 au 12 janvier 1795, environ trois cents chouans campèrent au château de Noirieux, puis l’arrivée d’importantes forces républicaines aboutit à un combat au cours duquel l’abbé Baudoin fut fait prisonnier. Des témoignages locaux rapportent que les combats se déroulèrent en partie dans le château, que ses murs conservèrent longtemps des traces de sang et que plusieurs victimes furent inhumées à Noirieux ; deux soldats de Coquereau furent pris près d’une ancienne croix située le long de l’ancien chemin. Coquereau poursuivit ses actions et fut tué le 29 juin 1795 à Daon, à l’âge de 27 ans. En 1842, le baron Léopold I de Quatrebarbes acquit Noirieux et entreprit des travaux de restauration qui donnèrent au château l’aspect qu’il présente aujourd’hui ; il fit également rénover la chapelle et compléta son mobilier liturgique. Les Quatrebarbes obtinrent des autorisations ecclésiastiques pour la bénédiction de la chapelle et l’établissement d’un chemin de croix en 1849, puis un titre de concession en 1883, prolongé par un indult en novembre 1883. Léopold II de Quatrebarbes succéda à son père et la propriété resta dans la famille jusqu’à Élisabeth de Quatrebarbes, qui la transmit par mariage aux Letourneurs du Val puis la vendit en 1937 à la famille Grenet. Les Grenet réalisèrent d’importants travaux de gros œuvre, notamment les couvertures, et, pendant la Seconde Guerre mondiale, le château accueillit d’abord des réfugiés puis fut occupé par l’armée allemande avant d’héberger une communauté religieuse. Jeanne Grenet céda une partie des terres à la Safer en 1972 et vendit le château avec les parcelles restantes pour 10 hectares, 37 ares et 31 centiares le 22 octobre 1973 à une société civile d’exploitation agricole gérée par Jean‑Claude Tête. Jean‑Claude Tête et son épouse développèrent l’élevage de chèvres et transformèrent Noirieux en gîte rural, procédant à des ventes d’éléments intérieurs et à l’exploitation de certains arbres. Le 14 avril 1978, François‑Xavier Potier et Chantal Dejean de La Bâtie acquirent la propriété et entreprirent la restauration de la demeure et de son environnement.