Origine et histoire du Château de Noüe
Le château de Noüe, situé à Villers-Cotterêts dans l’Aisne, trouve ses origines à la fin du Xe ou au début du XIe siècle avec une première fortification au lieu-dit la Noüe. Ce site fut remplacé au XIIIe siècle par un nouveau château, dont subsistent aujourd’hui l’enceinte, le donjon, et un colombier imposant, témoin de son statut seigneurial haut-justicier. La terre appartint dès le XIe siècle à la famille de Noüe, bienfaitrice de plusieurs institutions religieuses locales, comme la chartreuse de Bourgfontaine. En 1156, cette famille obtint le droit d’ériger une chapelle dédiée à saint Jacques, toujours visible aujourd’hui.
Au XVe et XVIe siècles, le château fut profondément transformé, intégrant des éléments Renaissance comme le châtelet d’entrée de style François Ier, orné de tourelles et d’un donjon carré. En 1539, Pierre II de Noüe dut vendre la seigneurie au roi François Ier, qui l’offrit à sa maîtresse, Anne de Pisseleu, duchesse d’Étampes. Le colombier, daté du XVIe siècle, est remarquable par sa taille (9,20 m de diamètre) et ses 3 755 boulins, symboles du pouvoir seigneurial. La chapelle, accessible par une porte surmontée d’un crâne et de tibias, reflète aussi cette période.
La Révolution française marqua un tournant : en 1793, le propriétaire Louis de Foucault fit araser les tours et brûler les archives du château, effaçant des traces de son passé féodal. Le XIXe siècle vit une rénovation majeure par la famille Picot, qui refaçonna la façade côté parc dans un style Premier Empire, ajoutant un fronton sculpté représentant Cérès, déesse des moissons, attribué à Jules Manet. Le château servit même de résidence en 1848 à Mohamed Ben Abdallah (Bou-Maza), chef arabe assigné à Villers-Cotterêts après sa reddition en Algérie.
Au XXe siècle, le château devint la propriété de Pauline André-Lécroart en 1957, dont le fils, Charles André, y développa les Pépinières du Valois, spécialisées en vergers expérimentaux. Classé Monument Historique depuis 1927, puis protégé intégralement en 2004, le château illustre l’évolution architecturale et sociale d’un manoir seigneurial, des origines médiévales à ses usages agricoles modernes.