Origine et histoire du Château de Nuits
Le château de Nuits, situé dans l’Yonne à Nuits-sur-Armançon, est un édifice Renaissance construit dans la seconde moitié du XVIe siècle (vers 1560-1570) par François de Chenu, baron de Nuits. Élevé en pleine période des guerres de religion, il incarne une architecture civile adaptée à la défense, avec des meurtrières, des fossés et des traces de tirs d’artillerie encore visibles. Sa position stratégique, à la limite des anciennes provinces de Champagne et Bourgogne, en faisait un bastion clé pour contrôler la vallée de l’Armançon, souvent empruntée par des bandes armées.
De 1689 à la Révolution française, le château appartient à la famille de Clugny, dont Jean Étienne Bernard de Clugny, Contrôleur général des Finances, y reçoit des personnalités comme le futur maréchal Davout et le naturaliste Buffon. Vendue comme bien national en 1789, la demeure est rachetée en 1806 par la marquise de La Guiche, qui transforme le bastion militaire en résidence élégante, avant de périr dans un incendie en 1822. Le château subit des dommages pendant la Seconde Guerre mondiale, mais une restauration méticuleuse des intérieurs est en cours depuis deux décennies.
Classé Monument Historique en 1967, le château allie une façade orientale austère, marquée par son rôle défensif (murs de 5 à 7 m d’épaisseur, esplanade de tir), et une façade occidentale plus élégante, ornée de pilastres et de lucarnes. À l’intérieur, l’étage noble conserve des cheminées du XVIe siècle, une chambre Empire où séjournait Davout, et un cabinet où Buffon écrivit des chapitres de son Histoire naturelle. Le parc, inspiré des jardins anglais, fut dessiné par Louis-Martin Berthault, paysagiste de Joséphine puis de Napoléon.
Aujourd’hui, le château ouvre vingt-deux pièces au public, dont une salle des gardes, une chapelle, et des espaces témoignant de la vie aristocratique des XVIIIe et XIXe siècles. Les objets exposés (vaisselle, vêtements, jouets) et les souvenirs familiaux restaurés illustrent l’évolution d’une demeure seigneuriale en résidence bourgeoise, entre héritage militaire et adaptations aux modes de vie successifs.