Origine et histoire
Le château de Pechrodil, situé à Varen en Tarn-et-Garonne (région Occitanie), fut du XIIe au XIXe siècle le siège ininterrompu de la famille Gros de Perrodil, descendante de chevaliers liés à Saint-Antonin-Noble-Val et Najac. Bâti sur un oppidum à l’extrémité d’une presqu’île naturelle formée par l’Aveyron, ce site stratégique, entouré de fossés et de tours, fut transformé au XVIIe siècle en une élégante résidence tout en conservant ses fonctions défensives. Ses seigneurs, possesseurs de fiefs entre Aveyron et Viaur, y exercèrent justice basse et protection des populations durant les guerres de Religion et la Guerre de Cent Ans.
L’étymologie de Pechrodil (ou Puechrodil) reflète la topographie du lieu : puech (colline arrondie en occitan) et rodil, interprété comme « roue » (évoquant le moulin à rodets voisin), « ronger » (érosion par la rivière), ou « roux » (falaise rougeoyante et armes familiales de gueules). Le château, centre d’une seigneurie agricole prospère, abritait moulins, chènevières, pressoirs et troupeaux, tandis que ses caves servaient de prison. Son portail Renaissance, ses tours et son donjon surplombant la vallée en firent un symbole de pouvoir local, malgré les occupations successives par routiers, Anglais (1388–1389) et huguenots (1576).
La Révolution française épargna partiellement Pechrodil : la famille Gros, réduite au patronyme Gros et déclarée « ménagère », évita l’émigration en payant une rançon (métaux et munitions en 1793). Cependant, le XIXe siècle marqua son déclin. Sans héritier direct après la mort de Guy Clément Gros (1809) et de son frère (1825), le domaine fut morcelé, vendu, et démantelé pour ses pierres. Au XXIe siècle, il ne subsiste qu’une tourelle-pigeonnier, des vestiges de caves, et des éléments architecturaux dispersés (cheminées, portails) dans les environs, notamment au château de Cornusson.
Les archives révèlent une vie seigneuriale luxueuse au XVIIe siècle : inventaires de 1622 décrivent argenterie, étoffes précieuses, armes, et réserves alimentaires, tandis que le château abritait écuries, logis du métayer, et un moulin à trois meules sur l’Aveyron. La légende locale évoque un gouffre sous la rivière, rejetant miraculeusement les seigneurs de Perrodil, et un souterrain maudit reliant Pechrodil à Ratayrens, expliquant les chaos rocheux de la colline de Sommard. Ces récits soulignent l’emprise symbolique de la seigneurie sur un territoire marqué par le chanvre, les conflits religieux, et une géographie façonnée par l’érosion.
Architecturalement, Pechrodil était un quadrilatère allongé de 30 mètres sur 8, flané de tours et d’un donjon en surplomb du ravin, rénové au XVIIe siècle avec des décors Renaissance (portail à pilastres ioniques, aujourd’hui déplacé). Le corps de ferme adjacent (60 mètres de long) abritait granges, étables, et un potager clos, illustrant l’autosuffisance du domaine. Les vestiges actuels, bien que fragmentaires, et les descriptions d’époque permettent de reconstituer un ensemble à la fois militaire, agricole et résidentiel, témoin de sept siècles d’histoire occitane.