Origine et histoire
Le château de Peyrolles-en-Provence trouve ses origines au Moyen Âge, avec une première mention en 1211 lorsque l’archevêque d’Aix, Gui de Fos, en fait l’acquisition. Les vestiges les plus anciens, comme les murs épais de 1,54 m dans l’aile nord ou le mur sud de la terrasse est, pourraient dater du XIVe siècle, période où les archevêques d’Aix étaient seigneurs du lieu jusqu’en 1474. La forteresse, alors austère, servait de point stratégique dans la région, reflétant l’influence ecclésiastique et les tensions féodales de l’époque.
En 1475, le château entre dans le domaine comtal par un échange entre l’archevêque Olivier de Pennart et le roi René d’Anjou, comte de Provence. Ce dernier entreprend d’importants travaux pour en faire une résidence de plaisance : construction d’une galerie en bois, voûtement de salles, création d’un escalier à vis, et décoration de tapisseries. La « cuisine du roi René », salle voûtée au rez-de-chaussée, témoigne encore de cette période, avec sa cheminée monumentale de près de 5 mètres. Le château, intégré au domaine royal en 1481 après la mort de René, reste une propriété royale jusqu’au XVIIe siècle, malgré des aliénations temporaires à des serviteurs du roi.
Au XVIe siècle, les guerres de Religion et les conflits locaux endommagent sévèrement le château, qui est cédé en 1587 à François-Marie de Caseneuve. Ce dernier lance des rénovations majeures, notamment dans le corps de logis nord, transformant la forteresse en une demeure plus confortable. Les inventaires de l’époque décrivent un plan carré avec une chapelle, des écuries, et une tour des prisons. En 1668, Louis XIV échange Peyrolles avec Henri de Forbin Maynier, baron d’Oppède, marquant le début d’une nouvelle ère pour le château, qui passe ensuite entre les mains de la famille Laurens.
La famille Laurens, à partir de 1681, entreprend une métamorphose radicale du château, lui donnant son aspect actuel. Antoine de Laurens, Grand Prévôt de la Maréchaussée de Provence, envisage d’en faire une résidence de plaisance, mais les travaux majeurs commencent sous son fils, Pierre Ier. Ce dernier agrandit le corps de logis nord sur plusieurs niveaux, exploitant la déclivité du rocher pour créer des espaces adaptés aux saisons. Henri de Laurens, dans les années 1750, achève la terrasse orientale, construit une chapelle, et acquiert des propriétés adjacentes pour étendre le domaine. Son successeur, Pierre II, conçoit un plan urbain incluant une place triangulaire à l’ouest (1766) et unifie la façade nord.
La transformation la plus ambitieuse intervient sous Marie-Marguerite de Laurens, veuve de Pierre II, qui lance en 1778 une campagne de travaux colossale avec l’architecte Esprit-Joseph Brun. Les deux pavillons est sont érigés, le corps central est commencé, et un grand escalier en pierre de Bonnieux est construit en 1779. Les façades, crépies en 1784, devaient recevoir des sculptures restées inachevées en raison de tensions avec la communauté locale. Le château, doublé en superficie, devient un symbole de pouvoir et de raffinement, mêlant décors de gypseries, cheminées en marbre, et ferronneries élégantes.
Après la Révolution, le domaine est démantelé et partiellement racheté par la commune en 1863 pour y installer la mairie et les écoles. Les modifications ultérieures (cloisons, garage, escaliers intérieurs) altèrent partiellement la structure, mais des restaurations majeures, initiées dans les années 1990, redonnent au château son éclat. Aujourd’hui, il abrite toujours la mairie et accueille des événements culturels, comme la foire du roi René. Classé monument historique en 1991, il incarne près de huit siècles d’histoire provençale, des archevêques médiévaux aux fastes du XVIIIe siècle.