Origine et histoire du Château de Pirou
Le château de Pirou, situé dans la commune du même nom en Normandie, est un ancien château fort fondé à la fin du XIIe siècle. Initialement construit en bois puis en pierre, il adopte un plan concentrique typique des shell-keeps, entouré d’un étang artificiel et protégé par des douves successives. Son donjon, aujourd’hui disparu, dominait un site stratégique près de l’ancien littoral, surveillant la côte ouest du Cotentin. Le château fut profondément transformé au XVIIe siècle et partiellement restauré entre 1968 et 1994 sous la direction de l’abbé Marcel Lelégard.
Les premiers seigneurs de Pirou, cités dès 1066, édifièrent la forteresse sur un retranchement viking. La famille de Pirou conserva le fief jusqu’au XIVe siècle, date à laquelle il passa par alliance aux La Haye, puis aux du Bois après la guerre de Cent Ans. Occupé par les Anglo-Navarrais en 1370, le château resta sous domination anglaise pendant 38 ans avant d’être restitué en 1450. Au XVIIe siècle, les de Vassy, nouveaux propriétaires, entreprirent d’importants remaniements architecturaux, ajoutant des logis classiques dans la cour.
Le château devint une ferme à la Révolution, puis fut acquis en 1966 par l’abbé Lelégard, qui le restaura et y fit réaliser la Tapisserie de Pirou, une broderie inspirée de celle de Bayeux, racontant les conquêtes normandes en Italie. Aujourd’hui, le site abrite des bâtiments médiévaux et classiques, dont une chapelle du XVIIe siècle, une salle des plaids, et des éléments défensifs comme des mâchicoulis et des archères. Classé monument historique en 1968, il est ouvert à la visite, offrant un témoignage rare de l’évolution architecturale normande du XIIe au XVIIIe siècle.
Une légende locale raconte que le seigneur de Pirou et sa famille, assiégés par les Normands, furent transformés en oies par un enchanteur pour échapper au siège. Incapables de retrouver forme humaine après la destruction du grimoire, ils erreraient depuis sous cette apparence, expliquant la migration annuelle des oies dans le Cotentin. Cette légende, l’une des plus anciennes du Cotentin, a inspiré une comédie musicale en 2006.
Les vestiges actuels incluent une enceinte polygonale flanquée de tourelles, un pont-levis remplacé au XVIIe siècle par un pont de pierre, et deux logis des XVIIe et XVIIIe siècles. Les douves, toujours en eau, et les cinq portes défensives d’origine (dont trois subsistent) illustrent l’ingéniosité militaire médiévale. La restauration du XXe siècle a permis de préserver des éléments comme la tapisserie de Pirou (58 mètres), réalisée par Thérèse Ozenne d’après les esquisses de l’abbé Lelégard.
Le château, propriété de la fondation Abbaye de La Lucerne depuis 1994, se visite d’avril à septembre. Les visiteurs peuvent y découvrir la boulangerie médiévale, le pressoir, la chapelle Saint-Laurent (statues des XVe–XVIe siècles), et le chemin de ronde offrant une vue sur les mâchicoulis et les toitures en schiste. L’exposition permanente de la tapisserie et les récits de la légende des oies enrichissent l’expérience historique.