Origine et histoire du Château de Pontchartrain
Le château de Pontchartrain, mentionné dès 1325 sous le nom de Pontem Cartonencem, fut initialement un manoir médiéval. Au XVIe siècle, une nouvelle demeure remplace l’ancien logis, avant d’être acquis en 1598 par Antoine de Buade de Frontenac, puis revendu en 1609 à la famille Phélypeaux. Paul Phélypeaux, conseiller du Roi en 1610, fonde la branche de Pontchartrain de cette lignée, qui conservera le domaine près de deux siècles. Son fils, Louis Ier Phélypeaux, entreprend entre 1633 et 1662 la construction des principaux bâtiments, bien que l’attribution à François Mansart reste non confirmée.
Au XVIIe siècle, Louis II Phélypeaux, chancelier de France en 1699, transforme le château avec l’aide de l’architecte François Romain et du paysagiste André Le Nôtre, qui dessine en 1693 un parc à la française. Deux tableaux de Pierre-Denis Martin, datés vers 1700 et conservés au Petit château de Sceaux, immortalisent cette époque faste. Le chancelier, veuf en 1714, se retire à Pontchartrain jusqu’à sa mort en 1727. Son fils, Jérôme Phélypeaux, secrétaire d’État à la Marine, y vit jusqu’en 1747, date à laquelle le domaine échoit à son fils, Jean-Frédéric Phélypeaux de Maurepas, surnommé le Faquinet, ministre influent sous Louis XV et Louis XVI.
Le château passe ensuite entre les mains de la duchesse de Brissac, puis est vendu en 1801 à Claude-Xavier Carvillon des Tillières, spéculateur de la Révolution, qui transforme les jardins à l’anglaise. En 1817, le domaine est acquis par la famille d’Osmond, dont la marquise Aimée reçoit le peintre Jean-Baptiste Isabey. En 1857, le comte Guido Henckel von Donnersmarck l’offre à sa maîtresse, la célèbre courtisane La Païva, qui y organise une vie fastueuse et fait redécorer les lieux par l’architecte Pierre Manguin. Après sa mort en 1884, le château est racheté en 1888 par Auguste Dreyfus, magnat du guano péruvien, et sa femme, la marquise de Villahermosa, qui y mènent un train de vie princier jusqu’au XXe siècle.
Au XXe siècle, le domaine, classé Monument historique en 1979, traverse des périodes de déclin et de menaces immobilières. En 1940, les propriétaires Lagasse modifient l’accès au château, tandis qu’en 1970, des projets de déviation routière et de lotissements menacent son intégrité. En 2019, le château est vendu à la société Azurel, qui prévoit sa conversion en résidences tout en préservant les façades et le parc de 60 hectares, désormais destiné à devenir un espace vert communal. Les intérieurs, partiellement démantelés, voient leur mobilier historique dispersé aux enchères, dont des œuvres de Coysevox, Joseph Vernet et des boiseries du XVIIIe siècle.
L’architecture du château, en forme de « U » avec un corps central encadré de deux ailes, mêle brique et pierre dans un style caractéristique des XVIIe et XVIIIe siècles. Le corps de logis, reconstruit en 1738 et remanié par Émile Boeswillwald à la fin du XIXe siècle, abrite une galerie rare reliant les ailes, inspirée du château d’Écouen. Les jardins, initialement conçus par Le Nôtre, furent redessinés au XIXe siècle par Achille Duchêne pour les Dreyfus. Le domaine, protégé depuis 1979, inclut également des dépendances classées, comme la chapelle, le jardin d’hiver et les communs, témoins de son passé prestigieux.
Le château de Pontchartrain a aussi servi de décor à plusieurs productions cinématographiques, dont Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola et Le Bossu (1997) de Philippe de Broca. Son histoire, marquée par des figures politiques, des courtisanes et des industriels, reflète les bouleversements sociaux et culturels de la France, de l’Ancien Régime à l’époque contemporaine. Aujourd’hui, son avenir reste lié aux enjeux de préservation du patrimoine face aux pressions immobilières.