Origine et histoire
Le château de Portes, édifié au début du XIe siècle, est un château fort stratégique situé à 577 mètres d’altitude sur le col de Portes, dans le département du Gard. Il contrôlait la voie de Regordane, route médiévale empruntée par les pèlerins de Saint-Gilles et les marchands reliant le Massif central à la Méditerranée. Son emplacement offrait un panorama exceptionnel, du Mont Lozère aux Alpes, et permettait de prélever un péage sur les voyageurs et les marchandises. Aucune trace archéologique ne confirme l’existence d’un castrum antérieur, mais son évolution progressive autour d’une tour carrée initiale semble probable, liée à la surveillance de ce passage ancestral.
La première mention écrite du château remonte au XIe siècle, possiblement sous l’impulsion de Raymond Ier d’Anduze (env. 1047–1114), premier seigneur connu de Portes. Le site passe ensuite à la maison d’Anduze, puis par héritage à Guillaume de Châteauneuf-Randon via sa grand-mère maternelle. En 1321, Raymond Guilhem de Budos, neveu du pape Clément V, acquiert la baronnie des Portes-Bertrand et agrandit le château au XIIIe siècle, y ajoutant au moins deux tours. La forteresse, stratégiquement renforcée, change de mains pendant la Guerre de Cent Ans : Thibaud de Budos la récupère en 1384 après la confiscation à son père André de Budos, allié des Anglais.
Aux XVe et XVIe siècles, le château est progressivement remanié pour s’adapter aux nouvelles techniques militaires (glacis, barbacane, plateformes d’artillerie). Pendant les Guerres de Religion, la famille de Budos, ligueuse, voit ses terres érigées en vicomté (1583) par Henri III, qui récompense Jacques Ier de Budos pour ses services. Le bastion sud-est, élevé entre 1570 et 1580, illustre ces transformations défensives. En 1613, Marie de Médicis érige la seigneurie en marquisat pour Antoine Hercule de Budos, maréchal de camp tué au siège de Privas (1629). La lignée s’éteint en 1693 avec Marie-Felice de Budos, dont l’héritage passe à son neveu, le Prince de Conti, avant d’être vendu à Louis XVI en 1781.
La Révolution nationalise le château, qui change six fois de propriétaires au XIXe siècle. En 1841, la famille de La Vernède l’acquiert et entreprend des restaurations. Cependant, l’exploitation intensive des mines de charbon pendant la Première Guerre mondiale provoque l’effondrement partiel du sous-sol de Portes en 1929, endommageant gravement le château et le village. Ce dernier est rasé en 1933 et reconstruit ailleurs. Dans les années 1960, les galeries minières sont comblées pour stabiliser l’édifice, mais la partie médiévale reste en ruine. En 1969, les habitants se mobilisent pour sa sauvegarde, menant à la création de l’association Renaissance du Château de Portes (1972). Classé monument historique en 1984, il devient Ambassadeur du Parc National des Cévennes (Patrimoine mondial de l’UNESCO) en 2011.
Architecturalement, le château se distingue par son éperon à 49 degrés, évoquant une proue de navire, lui valant le surnom de « vaisseau en Cévennes ». Le site illustre six siècles d’évolution des techniques fortifiées, des tours médiévales aux aménagements d’artillerie de la Renaissance. Aujourd’hui propriété des héritiers Coquebert de Neuville, il est géré par l’association RCP, qui organise des chantiers de bénévoles, des visites (printemps-automne), et des événements culturels. Le château témoigne aussi des bouleversements économiques locaux, liés à l’exploitation minière (fer, argent, charbon) depuis l’Antiquité.