Origine et histoire du Château de Réville
Le château de Réville, de tradition médiévale et partiellement inscrit au titre des monuments historiques, est une gentilhommière située sur la commune de Réville, dans la Manche, en Normandie. Il se trouve à environ 200 mètres, sur le chemin de Saint-Vaast, au sud‑ouest de l'église Saint‑Martin.
Le fief où se dresse l'édifice était nommé fief de Pirou au XIVe siècle; il fut pillé en 1405 par les Anglais du duc de Lancastre. En 1470, la seigneurie appartenait à Jehan de Giron et à son épouse Bonne de Quétil, à laquelle se rattache la légende du « Moine de Saire ». À la suite des troubles postérieurs, le château était à moitié démoli et à moitié en ruines en 1528. Le 9 juillet 1591, dans le contexte des guerres de religion, la compagnie de François de la Cour mit le feu au château et des victimes furent tuées devant la porte, dont un certain Guillaume Binet.
Par mariage, la propriété passa aux Quétil, puis le manoir principal fut reconstruit par étapes aux XVIe‑XVIIIe siècles. Des travaux sont mentionnés autour de 1595, et des élévations datées de 1683 indiquent d'autres campagnes à la fin du XVIIe siècle; André Fouquet, devenu seigneur après son acquisition en 1654, acheva une restauration en 1695 en réutilisant des matériaux provenant de l'église et du cimetière. Une pierre calcaire datée de 1714, portée dans le mur des ruines du vieux colombier — unique vestige du château médiéval rasé en 1695 — porte les armes de François Fouquet (1656‑1700) et de son épouse Marie‑Madeleine de Crosville. Un gros pavillon en avancée, abritant un salon de style Louis XV, fut construit de 1737 à 1739. Les communs semblent dater de la fin du XVIIe siècle.
Au XVIIIe et XIXe siècles, le château fut notamment le lieu de retraite de Constantin du Parc de Barville (1759‑1833) et, au XIXe siècle, la propriété d'Henri Charles Timoléon du Parc, décédé en 1877. En octobre 1939 l'armée française occupa les lieux; à partir de juin 1940 s'y installa un état‑major allemand, puis la Wehrmacht et l'Organisation Todt à partir de mai 1941; Rommel y dormit. Après le débarquement de Normandie en juin 1944, le château servit aux forces britanniques; il fut très endommagé à la sortie de la guerre, ayant subi cinq incendies qui détruisirent notamment les parquets en chêne du grand salon et de la salle à manger, et ses cheminées de marbre ainsi que des glaces provenant de la Glacerie de Tourlaville furent brisées par des troupes américaines.
Architecturalement, le château présente un corps de logis des XVIIe‑XVIIIe siècles — deux élévations sont datées de 1683 — prolongé à l'est par le grand pavillon construit en 1737‑1739. Le logis, orienté vers la Saire, est haut d'un étage sur un rez‑de‑chaussée très surélevé; il comporte un pavillon central précédé d'un perron soutenu par deux colonnes cylindriques, un escalier à double révolution surmonté d'un fronton arrondi, et des frontons triangulaires au‑dessus des fenêtres latérales. Les communs, qui bordent l'ensemble, semblent appartenir à la même fin du XVIIe siècle. L'ancien colombier médiéval, en ruines, conserve la pierre gravée de 1714.
Les façades et toitures du château, celles des communs, le colombier, la grille d'entrée et ses piliers ainsi que les sauts‑de‑loup ont été inscrits aux monuments historiques par arrêté du 5 septembre 1997.