Origine et histoire du Château de Richelieu
Le château de Richelieu, aujourd’hui largement disparu, fut construit au XVIIe siècle à l’initiative d’Armand Jean du Plessis, cardinal duc de Richelieu. Situé dans l’actuel département d’Indre-et-Loire, il incarnait l’ambition politique de son commanditaire, associant une ville nouvelle à une résidence ducale. Le cardinal confia le projet à l’architecte Jacques Lemercier, qui adopta un style cohérent pour le château et la cité, inspirée des modèles de « cité idéale » comme Brouage ou Charleville. La construction, achevée avant 1642, intégrait des décors somptueux célébrant la monarchie, dont une galerie dédiée à la vie d’Ulysse.
À la mort du cardinal, le château passa à son petit-neveu, Armand-Jean de Vignerot, puis fut transformé au XVIIIe siècle par le maréchal de Richelieu, avec des aménagements confiés à Jacques de La Guépière et Jean-Michel Chevotet. La Révolution française marqua un tournant tragique : saisi comme bien d’émigré en 1792, le château fut vidé de son mobilier et de ses œuvres d’art, certaines dispersées dans des musées comme le Louvre ou celui d’Orléans. En 1805, il fut vendu à un marchand de biens, Boutron, qui entreprit sa démolition systématique jusqu’en 1835, réduisant l’édifice en carrière de pierres.
Au XIXe siècle, le banquier Michel Heine, beau-père du dernier duc de Richelieu, racheta le domaine en 1877 et restaura partiellement le parc et les communs. Seul subsiste aujourd’hui le pavillon des écuries, classé monument historique en 1930 avec l’hémicycle d’entrée et les douves. La ville de Richelieu, conçue comme un ensemble urbain cohérent, reste quant à elle intacte, offrant un témoignage unique de l’urbanisme du XVIIe siècle. Des reconstitutions virtuelles et des expositions, comme celle de 2011, permettent désormais d’imaginer la splendeur passée de ce château disparu.
Le château abritait une collection exceptionnelle, incluant des tableaux de Mantegna, Poussin ou Pérugin, ainsi que des sculptures antiques comme L’Esclave rebelle de Michel-Ange, aujourd’hui au Louvre. Les décors intérieurs, comme la galerie des Batailles ou le cabinet de la Reine orné des Quatre Éléments par Claude Deruet, illustraient le faste et le symbolisme politique du cardinal. Des vestiges artistiques, tels que des statues ou des plaques de cheminée, sont conservés dans divers musées, tandis que des écrits de La Fontaine (1663) décrivent l’émerveillement suscitée par ses richesses.
L’architecture du château, organisée autour d’une hiérarchie des étages (quatre niveaux pour le corps de logis, trois pour les écuries), s’inspirait de Versailles avec des pavillons d’angle et une cour d’honneur accessible par un pont. L’anticour, décorée de balustrades sculptées, menait à un pavillon d’entrée symbolique, où trônait une statue de Louis XIII encadrée par Hercule et Mars. Les jardins, dotés de grottes voûtées et d’une orangerie, complétaient cet ensemble, aujourd’hui partiellement reconstitué grâce à des maquettes et des modèles 3D.
Classé monument historique en 1930, le domaine est désormais géré par la Chancellerie des universités de Paris, héritière d’un legs du dernier duc de Richelieu. Des projets contemporains, comme une reconstruction virtuelle proposée en 2017, visent à redonner vie à ce patrimoine, tandis que la ville, préservée dans son tracé d’origine, attire les visiteurs pour son urbanisme exemplaire et son lien indissociable avec l’histoire du cardinal-ministre.