Origine et histoire du Château de Roberval
Le château de Roberval, situé dans l’Oise, est un monument dont l’aspect actuel remonte principalement au XVIIIe siècle. Charles de Rohan, prince de Soubise et maréchal de France, en fit reconstruire les façades dans un style classique et décora les intérieurs (salon d’honneur, salle à manger) dans un style Louis XVI entre 1770 et 1780. Les toitures, particulièrement hautes, pourraient provenir d’un château Renaissance antérieur, lié à Jean-François de La Rocque de Roberval, autre seigneur emblématique du village, qui avait aussi fait rebâtir l’église locale. Le prince de Soubise vendit le domaine en 1784 à Achille René Davène de Fontaine, fondant ainsi une lignée familiale toujours existante aujourd’hui.
Le parc de 40 hectares, inscrit aux Monuments historiques depuis 1993, mêle deux influences majeures. La partie la plus ancienne, un potager à la française attribué à l’école de Le Nôtre, fut probablement aménagée vers 1760 par Soubise, qui conserva aussi une perspective de 700 mètres vers les collines de Rhuis. La majorité du parc actuel, créé après 1784 par Davène de Fontaine, adopte un style paysager à l’anglaise, avec rivière artificielle, fontaines de rocaille, et une île aux peupliers. Un belvédère Louis XVI, aujourd’hui hors du périmètre protégé, couronnait autrefois le mont Catillon.
Le colombier, partiellement médiéval (mentionné dès 1411), illustre les strates historiques du domaine. Son rez-de-chaussée octogonal voûté d’ogives, doté de meurtrières, date du XVe siècle, tandis que l’étage et sa toiture, ornés de lucarnes Renaissance (1530-1560), furent reconstruits sous Jean-François de La Rocque. Le bâtiment, à cheval sur l’ancienne enceinte, arbore un clocheton surmonté d’une sculpture en plomb symbolique : un pigeon sur une sphère à visages, elle-même posée sur un cube aux masques grimaçants.
Les vestiges de la forteresse médiévale, antérieure au château actuel, subsistent près de la basse-cour. On y trouve des contreforts, des fossés inondés de 10 mètres de large délimitant un hectare, ainsi que des archères dirigées vers l’église Saint-Rémi. Ces douves et murs, associés à des fragments de céramique médiévale dispersés, suggèrent l’emplacement d’une motte castrale primitive. La basse-cour, citée dès 1411 comme ferme seigneuriale, fut déplacée au XIXe siècle, mais son tracé initial correspondait à l’enceinte du château fort.
Les intérieurs du château, protégés depuis 1993, conservent un décor Louis XVI remarquable. Le vestibule d’honneur, le salon d’honneur, la salle à manger et le grand salon présentent des lambris gris perle sculptés d’agrafes, de bouquets et de guirlandes, inspirés du Petit Trianon. Les murs, ornés de médaillons et de glaces encadrées de motifs végétaux, sont surmontés de corniches à triglyphes grecs et de frises à palmettes. Les trumeaux, sculptés en vases, complètent cet ensemble élégant, reflétant le faste des commanditaires aristocratiques.
La façade nord, sobre mais élégante, domine le parc et le potager, tandis que la façade sud, tournée vers la place du Château, se distingue par une porte-fenêtre en plein cintre. Cette entrée, encadrée de colonnes doriques et de bossages, attire le regard vers un fronton sculpté représentant deux blasons, une couronne, et des cygnes. Sept cheminées en brique rouge, visibles sur le toit d’ardoise, témoignent du confort thermique de l’époque. L’ensemble, en pierre blonde régionale, incarne l’équilibre entre classicisme architectural et raffinement décoratif.