Origine et histoire
Le château de Rocan, érigé au XVIe siècle par Raoul de Coucy, se dresse sur un plateau rocheux dominant la vallée de la Bar, près de Chéhéry dans les Ardennes. Son architecture, marquée par un corps d'habitation carré flanqué de deux tours cylindriques, conserve un aspect féodal prononcé, renforcé par des maçonneries en bossages rustiques et des canonnières. Les restaurations successives, notamment depuis 1973, ont permis de retrouver partiellement son apparence originelle, après des modifications malencontreuses au XIXe siècle, comme l'ajout intempestif de fenêtres.
Le château a été le théâtre d'événements marquants, comme son occupation en 1641 par les troupes protestantes impériales après la bataille de la Marfée. Transmis à la famille d'Escannevelle, il passe ensuite aux Régnier, dont François IV, modeste noble, s’y retire en 1789 après 43 ans de service militaire. La Révolution française force la famille à fuir en 1792 après une attaque de sans-culottes, conduisant à la vente du château comme bien national. Son histoire reflète les tensions locales, entre dîmes contestées et peur des loups, révélées dans les cahiers de doléances de la paroisse.
Classé monument historique en 1981, le château de Rocan incarne à la fois un patrimoine architectural préservé et un témoignage des bouleversements sociaux des Ardennes, des guerres de Religion à la Révolution. Son isolement sur un vallon boisé, décrit par le poète Henri de Régnier en 1933, en fait un site emblématique, où se mêlent mémoire féodale et paysages ardennais. Les bornes de pierre bordant l’ancien chemin d’accès rappellent son ancrage historique dans ce territoire marqué par les conflits, comme ceux de la plaine de la Marfée.
L’édifice, avec ses trois niveaux desservis par un escalier en tour, illustre l’adaptation des châteaux ardennais aux besoins défensifs et résidentiels. Les consoles subsistantes évoquent une bretèche disparue, tandis que les canonnières trahissent des aménagements liés aux conflits du XVIIe siècle. La restauration en cours depuis 1973 vise à effacer les altérations du XIXe siècle, comme les fenêtres ajoutées en 1838, pour redonner au château son caractère d’origine, entre austérité médiévale et élégance Renaissance.
La famille de Régnier, contrainte à l’exil après 1792, symbolise le déclin de l’aristocratie locale face aux bouleversements révolutionnaires. François IV, réduit à tailler des sabots en Autriche, incarne la chute brutale des nobles de province. Le château, vendu comme bien national, change alors plusieurs fois de mains avant d’être progressivement restauré. Aujourd’hui, il reste un témoin silencieux de ces fractures sociales, entre mémoire seigneuriale et héritage républicain.