Origine et histoire du Château de Rochechouart
Perché sur un éperon rocheux dominant la Graine, le château de Rochechouart trouve son origine dans la fortification de cet éperon vers l'an mil ; son donjon date du XIIe siècle et la majeure partie des bâtiments remonte au XVe siècle. Jusqu'en 1470, la châtellenie fut le fief d'une branche cadette des vicomtes de Limoges. De l'ancienne forteresse, il subsiste surtout le châtelet d'entrée à pont-levis, qui conserve l'une des tours flanquantes du XIIIe siècle. D'importants travaux, liés aux destructions de la guerre de Cent Ans et à la transmission de la vicomté à Jean de Pontville, furent conduits à la fin du XVe et au début du XVIe siècle ; le château fut alors agrandi selon un plan pentagonal et la tour nord‑ouest, alors maîtresse, a depuis été arasée. Les corps de logis témoignent de ces embellissements résidentiels par de grandes travées de baies surmontées de lucarnes passantes, une galerie de cour portée par des colonnes au fût mouluré en torsades et un remarquable décor de peintures murales conservées à l’intérieur. Pendant la Révolution, les tentatives de démolition n’aboutirent qu’à l’étêtage des deux tours encadrant la façade sud‑est et le château fut utilisé comme prison en 1793. Acquis par le département et la ville en 1836 pour y loger la sous‑préfecture et la mairie, il fit l’objet de campagnes de restauration au titre des Monuments historiques à partir de 1858‑1859. L’aménagement du musée départemental d’art contemporain, ouvert en juin 1985, a motivé une importante campagne de restauration intérieure. Le musée, reconnu comme musée de France, présente notamment le fonds Raoul Hausmann et des œuvres d’artistes internationaux des années 1960 à nos jours. La sous‑préfecture demeura dans le château jusqu’en 2008 après le jumelage administratif avec Bellac ; le retour d’un sous‑préfet en 2025 n’a pas entraîné la réinstallation de la sous‑préfecture au château. Depuis 2015, les façades font l’objet d’une importante restauration. La municipalité conserve un petit canon, vestige de l’artillerie du château et à l’origine du surnom de « Cité du canon » ; cette pièce, attribuée au XVe siècle, était l’une des quatre dont disposait le château au début du XIXe siècle et, modernisée en 1870, ne sert plus en raison de sa fragilité. Parmi les salles remarquables, la salle des chasses abrite des fresques polychromes du début du XVIe siècle représentant une chasse au cerf et la salle d’Hercule conserve des peintures murales en grisaille du milieu du XVIe siècle. La cour d’honneur offre une galerie soutenue par des colonnes torses, élément caractéristique de l’architecture intérieure. La Société des Amis des sciences et des arts de Rochechouart, créée en 1889 par Albert Masfrand, organisa une première exposition en 1890 puis ouvrit en 1894 un musée permanent dans quatre salles du château présentant les objets collectés lors des fouilles de Cassinomagus ; certaines pièces furent montrées à l’Exposition universelle de 1900, puis les collections furent déplacées après la fermeture du musée Masfrand à l’ouverture du musée d’art contemporain et transférées finalement à la base archéologique de Chassenon en 2011. Le site naturel autour du château est protégé : les cavités et rochers au pied de l’éperon constituent une ZNIEFF pour les chauves‑souris et la réserve nationale de l’Astroblème de Rochechouart‑Chassenon encercle le château, à l’exception du côté nord‑est donnant sur la ville, en couvrant l’éperon et une partie de la rive gauche de la Graine. La mémoire locale mêle histoire et légende, comme celle d’Alix et du lion — récit selon lequel la vicomtesse, faussement accusée d’adultère, aurait été épargnée par un lion enfermé dans la tour, qui dévora ensuite l’intendant calomniateur — et l’affaire sanglante liée à François de Pontville, dont le meurtre de Pierre Bermondet en 1512 entraîna des sanctions judiciaires (arasement partiel du donjon, coupe des hautes futaies) et la construction d’un monument funéraire pour la victime.