Origine et histoire du Château de Rochechouart
Le château de Rochechouart trouve ses origines vers l’an mil avec la fortification d’un éperon rocheux surplombant la Graine. Propriété des vicomtes de Limoges puis de la dynastie de Rochechouart pendant 800 ans, il fut initialement construit comme forteresse au XIIe siècle. Aujourd’hui, il ne reste de cette époque que le donjon et le châtelet d’entrée à pont-levis, datant du XIIIe siècle. Les guerres, notamment celle de Cent Ans, endommagèrent fortement l’édifice, conduisant à sa reconstruction partielle aux XVe et XVIe siècles sous un plan pentagonal.
Au XVIIIe siècle, le château, délabré, fut restauré grâce au mariage de François-Louis de Rochechouart avec une riche héritière. La Révolution française épargna partiellement l’édifice, bien que les tours sud-est fussent étêtées. En 1836, le département de la Haute-Vienne en fit l’acquisition pour y installer la sous-préfecture et la mairie. Des campagnes de restauration, notamment entre 1858 et 1859, permirent de préserver ses éléments architecturaux, comme la galerie à colonnes torsadées ou les peintures murales des salles des chasses et d’Hercule.
Le château abrite depuis 1985 le musée départemental d’art contemporain de la Haute-Vienne, reconnu pour ses collections d’œuvres des années 1960 à nos jours, dont celles de Raoul Hausmann et Giuseppe Penone. Il conserve également des fresques du XVIe siècle et un canon du XVe siècle, symbole historique de la ville. Classé Monument Historique dès 1840, il reste un témoignage majeur de l’histoire féodale et Renaissance du Limousin, tout en s’inscrivant dans une dynamique culturelle contemporaine.
La légende d’Alix et le lion, associée au vicomte Aimery VII, illustre le folklore local : accusée à tort d’adultère, Alix fut jetée dans un cachot avec un lion, qui l’épargna, prouvant son innocence. Un autre épisode marquant fut l’affaire de la main coupée au XVIe siècle, où François de Rochechouart-Pontville, jaloux, assassina un rival et offrit sa main à son épouse. Ces récits reflètent les mœurs violentes et les rivalités de l’aristocratie médiévale.
Architecturalement, le château allie des éléments défensifs médiévaux (tour maîtresse, châtelet) à des ajouts Renaissance (galerie à torsades, lucarnes). Son emplacement stratégique, sur un site géologique unique (l’astroblème de Rochechouart-Chassenon), et sa proximité avec des réserves naturelles en font aussi un lieu lié au patrimoine environnemental. Les fouilles archéologiques du XIXe siècle, menées par Albert Masfrand, révélèrent des artefacts gallo-romains, aujourd’hui exposés à Cassinomagus.
Les vicomtes de Rochechouart, vassaux des comtes de Poitiers, marquèrent l’histoire locale par leur participation aux croisades, à la guerre de Cent Ans (aux côtés de Du Guesclin et Jeanne d’Arc), et à la cour de Louis XIV avec Françoise-Athénaïs, favorite du Roi-Soleil. La famille perdura jusqu’à la Révolution, où la vicomtesse Marie-Victoire fut guillotinée. Le général Louis-Victor-Léon de Rochechouart, vétéran des campagnes napoléoniennes, fut le dernier propriétaire privé avant la vente à l’État en 1836.