Origine et histoire
Le château de Romefort, situé au nord de Saint-Georges-des-Coteaux en Charente-Maritime, était à l'origine le siège d'une seigneurie vassale de la baronnie de Saint-Sauvant, entre Saintes et Cognac. Dès 1456, la famille Robert en est propriétaire, avec Claude ou Naudon Robert rendant hommage pour cette terre. En 1492, Olivier Robert, écuyer et seigneur de Romefort, épouse Catherine de Châteauneuf et devient échevin de Saintes. Leur fils René rend hommage au chapitre de Saintes en 1521 et 1522. La seigneurie, disputée par les héritiers de Jean de Beaumont, reste aux Robert jusqu'en 1551, date de sa vente à Louis de Cherbeys.
En 1602, la terre de Romefort est échangée à Arthus Lecomte, un puissant conseiller du roi, baron de La Chaume et seigneur de plusieurs fief en Saintonge. À sa mort sans héritier, le château est vendu en 1621 à Jean Richard, échevin de Saintes. Il passe ensuite en 1642 à Marie de Baritauld, puis à son fils Martin de Constantin en 1655, marquant le début d'une période où Romefort devient une propriété de notables bordelais, utilisée comme résidence secondaire et terre de rapport. Jean de Constantin, dernier héritier direct, meurt en 1737 sans descendance, laissant le château à sa veuve, puis à ses neveux, les frères de Verthamon.
Au XIXe siècle, après avoir traversé la Révolution sans dommage, le château est vendu en 1841 à Bernard Sarrazin, dont la fille Marguerite et son époux Émile Rouyer, ingénieur et militant antisémite, en deviennent propriétaires. Rouyer, connu pour ses inventions agricoles primées, conserve le domaine jusqu'au XXe siècle. En 2018, la Communauté d'agglomération de Saintes acquiert le château avec 40 hectares, avant qu'il ne soit revendu en 2022 à un particulier. Le monument, partiellement classé depuis 1995 et 2002, ne se visite pas.
L'architecture du château comprend un corps de logis du XVe siècle, remanié aux XVIIe et XVIIIe siècles, et une chapelle gothique flamboyant sur porche, élément rare et classé. Cette chapelle, autrefois intégrée à l'aile nord aujourd'hui disparue, rappelle celle du passage Saint-Gilles à Pons. Le logis, couvert d'ardoise, et les communs forment une cour rectangulaire, illustrant l'évolution d'une seigneurie médiévale en résidence aristocratique, puis en propriété privée.
Les sources historiques mentionnent également des conflits de succession, comme celui opposant les Robert aux héritiers de Jean de Beaumont, ainsi que des alliances matrimoniales stratégiques, à l'image du mariage de Françoise Robert avec Jehan de La Vallade. Ces éléments soulignent l'importance sociale et économique de Romefort sous l'Ancien Régime, où le château servait à la fois de symbole de pouvoir et de lieu de vie pour les familles nobles locales.
Enfin, le château de Romefort incarne les transformations architecturales et sociales de la Saintonge, passant d'une forteresse médiévale à une demeure de plaisance, puis à un bien patrimonial protégé. Son histoire reflète les dynamiques régionales, des rivalités seigneuriales aux mutations économiques liées à Bordeaux, tout en conservant des traces tangibles de son passé, comme la chapelle sur porche, témoin du gothique flamboyant en Charente-Maritime.