Origine et histoire du Château de Sagonne
Le château de Sagonne, mentionné dès 832 dans une charte liant le comte de Bourges Wicfried à sa fille Agane, était à l’origine un site stratégique le long d’une voie romaine reliant Lyon à Bourges. Élevé au XIVe siècle par les comtes de Sancerre pour contrôler l’itinéraire vers Sancoins, il devint une place forte médiévale avec douves et enceinte fortifiée. Ses fossés furent remplacés par des douves en eau à cette époque, renforçant son rôle défensif contre les invasions, notamment anglaises pendant la guerre de Cent Ans.
En 1423, le Dauphin (futur Charles VII) y installa une garnison pour contrer les Anglais occupant La Charité-sur-Loire. La seigneurie passa ensuite aux mains des Amboise via le mariage de Pierre d’Amboise avec Anne de Bueil en 1428, puis fut vendue en 1542 à Jean Babou de La Bourdaisière. Au XVIe siècle, des améliorations furent apportées par cette famille, avant que le domaine ne soit acquis en 1632 par Charles de L’Aubespine, marquis de Châteauneuf. Son héritier, endetté, en fut spolié au profit de l’architecte Jules Hardouin-Mansart en 1699.
Hardouin-Mansart, anobli en 1682 et récemment nommé surintendant des Bâtiments du roi, racheta Sagonne pour 100 600 livres grâce à un droit de retrait féodal. Il entreprit d’importants travaux entre 1700 et 1703 : réaménagement des accès, création d’une aile neuve (dite « de Monsieur »), d’une chapelle ornée de trompe-l’œil, et de jardins à la française (longtemps attribués à Le Nôtre). Ces aménagements, conférés à son disciple Pierre Cailleteau, reflétaient son statut social et son goût pour l’art classique, inspirés du Grand Trianon.
À sa mort en 1708, le château échoit à son fils Jacques, puis à son petit-fils Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, dernier architecte de la lignée, qui tenta de le restaurer. Après des procès, la propriété revint en 1765 à Anne Claude Louise d’Arpajon, comtesse de Noailles, guillotinée en 1794. La Révolution marqua son déclin : pillé, démantelé pour ses matériaux (plomb, pierres), il servit de ferme avant d’être classé monument historique en 1914.
Depuis 1977, des chantiers de bénévoles organisés par l’association Rempart ont permis de sauver les ruines médiévales, aujourd’hui ouvertes au public. Paradoxalement, la partie classique du XVIIIe siècle a disparu, tandis que le donjon et les vestiges de l’enceinte fortifiée, témoins des XIVe–XVe siècles, subsistent. Les douves, alimentées par le ru Sagonin, et les traces des jardins de Hardouin-Mansart rappellent son double héritage, à la fois militaire et seigneurial.