Origine et histoire du Château de Saint Alban
Le château de Saint-Alban, situé à Saint-Alban-sur-Limagnole en Lozère sur le chemin de la via Podiensis, a appartenu aux barons d'Apchier puis aux barons de Molette de Morangiès et sert depuis 1824 de centre psychiatrique. Il est classé au titre des monuments historiques depuis le 11 juillet 1942 ; plusieurs parties de l'hôpital font l'objet d'une inscription par arrêté du 26 janvier 2023 — les façades et toitures de l'ancien bâtiment de l'administration, la chapelle Saint-Pierre, les façades et toitures de l'ancien bâtiment de la communauté jouxtant la chapelle et le cimetière des fous — et la chapelle Saint-Pierre, y compris sa galerie d'accès, a été classée par arrêté du 30 mai 2024.
La présence d'un château sur ce site est attestée dès le XIIe siècle, avec en 1188 la mention de Guérin d'Apchier rendant hommage à l'évêque de Mende Guillaume IV de Peyre, et il est probable qu'une forteresse médiévale l'ait précédé. Implanté dans la baronnie d'Apchier, l'une des huit baronnies du Gévaudan, il passe au XIVe siècle par mariage à la famille Louet de Calvisson, laquelle reçoit la seigneurie de Saint-Alban et les droits de présence aux États du Gévaudan ; la ville porte encore les armes de cette famille. En 1608 Marie Louet de Calvisson épouse François de Molette de Morangiès ; la famille de Morangiès, originaire de Molette près de Villefort, héritera du château et lui donnera son aspect Renaissance.
Les Morangiès agrandiront leur influence locale : au XVIIIe siècle des terres et titres sont transférés à Saint-Alban, et Pierre-Charles, marquis de Morangiès, rachète le titre de baron. Des déconvenues personnelles marquent la famille : le marquis est déchu après la bataille de Rossbach, et son fils Jean-François-Charles, comte de Morangiès, connaît dettes, emprisonnements et exils avant d'hériter de la fortune paternelle et de revenir à Saint-Alban, où il sera assassiné en 1801. Un membre de la famille est par ailleurs gouverneur de Gênes en 1811 et le nom de Morangiès figure sur l'Arc de Triomphe.
En 1764 le château sert de point de ralliement pour organiser les battues contre la « Bête du Gévaudan » qui frappe la région ; Jean-François-Charles de Molette s'associe avec le syndic du diocèse de Mende, Étienne Lafont, pour conduire ces chasses et se rend auprès des blessés. La Bête est finalement tuée en 1767 par le paysan Jean Chastel. Dès les années 1930, certains auteurs évoquent l'hypothèse d'une implication humaine dans ces meurtres, et des accusations contre le comte de Morangiès ont été formulées plus récemment, mais ces théories ne reposent sur aucun document historique incontestable, même si la vie dissoute et les emprisonnements de Jean-François-Charles sont attestés.
En 1821 Christophe Théodore de Morangiès, ruiné, vend le château à Sylvain Boissier ; l'établissement devient un asile d'aliénés sous l'impulsion du frère Hilarion (Joseph-Xavier Tissot) de l'ordre de Saint-Jean-de-Dieu, formé auprès de l'aliéniste Jean-Étienne Esquirol, mais dont la gestion est jugée déficiente, ce qui conduit le préfet de la Lozère à acquérir le domaine à partir de 1824. La loi de 1838 imposant à chaque département d'avoir un asile accélère son développement : le château, rapidement trop exigu, est complété par des constructions au XIXe siècle, et la création d'une colonie agricole au Villaret est proposée en 1888, accueillant des malades venus de toute la France (300 en 1874 ; 600 en 1900).
Le psychiatre catalan François Tosquelles arrive à Saint-Alban en 1941 et marque profondément la vie de l'hôpital, qui porte désormais son nom ; durant la Seconde Guerre mondiale l'établissement accueille, outre des malades, des résistants et des clandestins, parmi lesquels figurent des personnalités comme Georges Canguilhem, Paul Éluard, Tristan Tzara et Gaston Baissette. Après-guerre Tosquelles devient médecin directeur en 1952 et poursuit le développement du centre ; un important incendie en 1972 endommage la toiture, qui sera ensuite restaurée, et en 1993 le conseil général de la Lozère acquiert le domaine, qui abrite également l'office du tourisme et des collections patrimoniales départementales.
L'architecture du château reflète de nombreuses campagnes de travaux : la maçonnerie présente des ruptures d'appareils traduisant des remaniements dont les archives n'ont pas permis de préciser les dates. Du château médiéval, partiellement dépouillé après des sièges par des routiers pendant la guerre de Cent Ans et la prise de 1414, subsistent essentiellement les parties nord et nord-est ; on suppose que le donjon fut rasé et que des douves au sud et à l'est furent comblées après ces événements. Aux XIVe et XVe siècles la façade est est allongée vers le sud et trois tours sont ajoutées aux angles du quadrilatère ; des travaux postérieurs, probablement liés au mariage des Molette, réaménagent les bâtiments sud et ouest et ajoutent une galerie sur l'aile nord, tout en conservant des éléments défensifs du XVe siècle.
Le portail d'entrée est en arkose rose orangé avec un tympan portant un écu, et la disposition des bâtiments autour d'une cour intérieure, chaque angle étant marqué par une tour ronde, caractérise l'ensemble. Une galerie de trois étages et des fenêtres à meneaux en arkose rose datent des XVIIe et XVIIIe siècles, époque dont subsistent également de nombreux décors peints. Le portail reprend des éléments inspirés des planches de Serlio, employées encore en Auvergne à la fin du XVIe siècle, et les similitudes avec d'autres édifices de la région témoignent des échanges architecturaux de l'époque ; une belle porte ouvre l'accès à l'escalier d'honneur.