Origine et histoire du Château de Saint-Chartier
Le château de Saint-Chartier, situé dans l’Indre en région Centre-Val de Loire, est une forteresse édifiée dès le XIIe siècle, mentionnée pour la première fois en 1102 lors de la visite de l’archevêque de Bourges Léodegaire. À l’origine vassal des seigneurs de Déols, le domaine passe en 1189 à André de Chauvigny par son mariage avec Denise de Déols, marquant le début d’une longue possession par cette famille. Les Chauvigny reconstruisent le donjon au XIVe siècle et ajoutent un logis ainsi qu’une galerie dite « Jeu de paume » au XIIIe siècle, caractéristique avec ses 19 colonnes monolithes reliées par des arcs en bois.
Au XVe siècle, les communs et remparts sont remaniés, laissant subsister des courtines nord et est flanquées de tours aux angles, dont certaines conservent encore les consoles de leurs chemins de ronde. Le château subit des modifications mineures au XVIe siècle, puis une dégradation marquée au XIXe siècle sous la propriété du comte de Moreton de Chabrillan, chambellan de Napoléon. En 1858, Alexandre Naud, marchand de tissus enrichi, acquiert le domaine et y construit la chapelle Barbault (1864-1865) comme sépulture familiale. Sa fille Victorine et son époux Michel Germain restaurent partiellement l’édifice entre 1873 et 1880, avec l’aide de l’architecte Alfred Dauvergne.
Classé Monument Historique en 1989 pour ses remparts, courtines, communs, et la galerie du « Jeu de paume », le château est célèbre pour avoir inspiré George Sand, qui le décrit dans Histoire de ma vie et y situe son roman Les Maîtres sonneurs (1857). Elle évoque ses « salles immenses » et son rôle de lieu de rassemblement festif au XIXe siècle, où nobles et paysans se mêlaient pour des bals. Le site accueille également, jusqu’en 2008, le festival des Rencontres internationales de luthiers et maîtres sonneurs, avant que sa restauration ne soit reprise en 2009 par un nouveau propriétaire.
L’architecture du château révèle des strates historiques distinctes : la base romaine et féodale du donjon, les transformations Renaissance, et les aménagements du XIXe siècle (terrasse sud, percements de fenêtres). La cheminée du rez-de-chaussée, ornée des armes de Marguerite de Chauvigny, témoigne de l’héritage des seigneurs de Chauvigny. Des légendes locales évoquent un passage de Jeanne d’Arc ou un trésor enterré par Napoléon après Waterloo, bien que ces récits relèvent davantage du folklore.
Aujourd’hui, le château de Saint-Chartier, entouré d’un parc classé en espace naturel du Boischaut Sud, reste un symbole du patrimoine berrichon. Son histoire, marquée par des phases de déclin et de renaissance, reflète les bouleversements politiques et sociaux de la France, de la féodalité à l’époque contemporaine. La Fondation Fornesa perpétue son lien avec la culture locale en organisant un concours annuel de contes pour enfants, ancrant davantage le monument dans la vie culturelle régionale.