Origine et histoire
Le château de Saint-Cloud trouve ses origines au XVIe siècle, lorsqu’en 1577, Jérôme de Gondi, un financier florentin arrivé en France avec Catherine de Médicis, acquiert une maison à Saint-Cloud offerte par la reine. Il y fait construire un château en forme de « L », bordant une terrasse avec vue sur la Seine. Ce lieu devient un théâtre d’événements historiques majeurs, comme l’assassinat d’Henri III en 1589 par Jacques Clément, suivi de la reconnaissance d’Henri IV comme roi dans ses murs. Après plusieurs changements de propriétaires au sein de la famille Gondi, le domaine est vendu en 1655 à Barthélemy Hervart, qui l’agrandit et y ajoute une grande cascade.
En 1658, le château est acquis pour Philippe d’Orléans, frère de Louis XIV, surnommé « Monsieur ». Sous sa direction, le domaine connaît un âge d’or : Antoine Le Pautre, puis Jules Hardouin-Mansart, transforment le château en une résidence somptueuse en forme de « U », tandis qu’André Le Nôtre redessine les jardins en un parc de 590 hectares, agrémenté de fontaines, cascades et parterres. La galerie d’Apollon, décorée par Pierre Mignard, et les fêtes fastueuses organisées par Monsieur, comme le mariage du roi avec Marie-Thérèse en 1673, font de Saint-Cloud un lieu de pouvoir et de plaisirs. Le château abrite aussi des collections d’art exceptionnelles, dont des porcelaines et des bijoux, exposées dans les « petits cabinets » de Monsieur.
Au XVIIIe siècle, Saint-Cloud passe entre les mains du Régent, Philippe d’Orléans, qui y reçoit des personnalités comme le tsar Pierre Ier de Russie en 1717. Le domaine devient un lieu de débats politiques et de réceptions, marqué par la présence de figures comme Saint-Simon et John Law. Sous Louis XV et Louis XVI, le château continue d’être une résidence royale : Marie-Antoinette y fait réaliser des transformations par Richard Mique en 1787-1788, ajoutant une chapelle néoclassique et modernisant les façades. Pendant la Révolution, le château, devenu bien national, est le théâtre du coup d’État du 18 Brumaire (1799), où Napoléon Bonaparte renverse le Directoire dans l’orangerie.
Au XIXe siècle, Napoléon Ier en fait un palais impérial et y célèbre son mariage avec Marie-Louise d’Autriche en 1810. Le château accueille ensuite Louis XVIII, Charles X, et Louis-Philippe, qui y organise des mariages dynastiques. Napoléon III, fasciné par Marie-Antoinette, y réside régulièrement et y déclare la guerre à la Prusse en 1870. Le 13 octobre de la même année, pendant le siège de Paris, le château est incendié par les troupes prussiennes qui en avaient fait leur quartier général. Les ruines, démolies en 1892, laissent place au parc actuel, classé domaine national.
L’architecture de Saint-Cloud mêlait influences italiennes et françaises, avec des décors intérieurs somptueux, comme la galerie d’Apollon ou les salons de Vénus et de Mercure. Les jardins, conçus par Le Nôtre, jouaient avec les perspectives et les jeux d’eau, dont la Grande Cascade, toujours visible aujourd’hui. Le parc, ouvert au public, conserve des vestiges des aménagements hydrauliques et des allées historiques. Depuis 2006, une association milite pour la reconstruction du château, dont les fondations, partiellement conservées, pourraient servir de base à un projet ambitieux.
Les œuvres d’art et éléments architecturaux rescapés de l’incendie ont été dispersés : des bas-reliefs ornent désormais le palais de Laeken en Belgique, tandis que des frontons ont été réemployés en Bulgarie ou en région parisienne. Le domaine, géré par le Centre des monuments nationaux, reste un lieu de mémoire, évoquant à la fois le faste des cours royales et les bouleversements de l’histoire française.