Origine et histoire du Château de Saint-Germain à Gaugeac
Le château Saint-Germain, situé à Gaugeac en Dordogne, se présente comme un fortin avancé du château de Biron, chargé de contrôler la circulation dans la vallée étroite du Dropt et le débouché d’un vallon venu du nord du plateau. Son plan ancien est aujourd’hui largement noyé sous des constructions des XVIIIe et XIXe siècles, mais une cour intérieure carrée subsiste, bordée au nord et à l’est par des bâtiments d’habitation et d’exploitation agricoles. Deux tours ont été élevées aux extrémités nord, l’une aménagée en pigeonnier, l’autre en chapelle, tandis que l’ouest est fermé par un grand mur de clôture et que le côté sud est occupé par le corps de logis principal flanqué de deux tours. Sur la façade nord, une tour hexagonale décapitée, englobée dans une construction plus récente, renferme un escalier à vis donnant accès à l’étage ; la petite tour octogonale intérieure est couverte par une coupole.
Les archives qui auraient pu documenter l’histoire ont été détruites pendant la Révolution, mais quelques traces permettent de reconstituer la lignée seigneuriale et l’existence d’une paroisse dédiée à saint Germain. Au temps de saint Louis, le seigneur de Saint-Germain était le premier vassal du seigneur de Biron; il aurait participé avec Guillaume de Biron à la première croisade en 1124 en partant de l’abbaye de Cadouin. Une coutume seigneuriale lui accordait le privilège de tenir la bride du cheval de la dame de Biron lors de sa première entrée en cour, et de lui prêter hommage à genoux sans arme, en récompense duquel il recevait le cheval, le harnais et la robe portés par la dame ce jour-là. En 1310, Hugues de Saint-Germain tua sa sœur d’un coup de dague; il fut ensuite vaincu et tué par Aimeric de Biron lors d’un duel à Molières, en présence du sénéchal anglais, et ses biens furent confisqués au profit du duc de Guyenne.
Le château a aussi joué un rôle pendant les guerres de Religion, abritant successivement des garnisons catholiques et protestantes selon le cours des combats. Il a fait l’objet d’une inscription et d’un classement au titre des monuments historiques en 1984, et trois cheminées du premier étage ont été classées. Le site a servi de décor à plusieurs films de cape et d’épée, notamment pour une séquence du film La Fille de d’Artagnan avec Philippe Noiret et Sophie Marceau.
Sur le plan architectural, le corps de logis, orienté vers la vallée, est encadré par deux tours rondes dont l’une, plus importante, conserve son rôle de poste de guet et commande le point de jonction du chemin venant de Bonneville avec la route de Monpazier à Villeréal, grâce à sa canonnière principale. Il est vraisemblable que le château a subi une première transformation au XVIIe siècle, quand les tours furent découronnées, selon la tradition parce que le seigneur de Biron se serait offensé des propos du châtelain. Au fil des siècles, divers bâtiments ont été adossés au corps de logis ; du côté de la vallée, de grandes fenêtres ont été percées au premier étage pour éclairer les pièces, tandis qu’au second subsistent des cheminées monumentales et des fenêtres à meneaux intactes. La porte et la fenêtre de la tour hexagonale ainsi que l’escalier hélicoïdal sont conservés dans leur état d’origine. Deux tours ajoutées plus tard accueillent notamment une chapelle où eut lieu, au début du XXe siècle, le mariage du fils du philosophe Maine de Biran.